08 septembre 2015 ~ 0 Commentaire

Fuir – Jean-Philippe Toussaint

Avant de commencer la lecture de « Fuir », j’avais la chance d’avoir déjà lu deux des quatre opus qui constituent le cycle « Marie Madeleine Marguerite Montalte » dont le premier, « Faire l’amour », introduit fort utilement celui que j’avais décidé de lire. Je pense qu’il est nécessaire de connaître un peu ce cycle littéraire pour comprendre le présent texte, sinon comment interpréter ce long voyage en Chine sans aucun objet, du moins sans objet expliqué dans le texte, effectué par le narrateur à la demande de la femme qui l’a récemment quitté. Le narrateur en question, toujours aussi invisible, insaisissable, indéfini, comme dans le précédent opus, arrive en Chine (les romans de ce cycle quadrangulaire se déroule tous, sauf peut-être celui que je n’ai pas encore lu, dans un triangle dont les pointes sont Paris, l’Extrême Orient, le Japon ou la Chine, et l’île d’Elbe) chargé d’une mission dont on ne sait pratiquement rien. Cette mission très mystérieuse s’accomplit avec deux protagonistes locaux qu’on dirait tout droit sortis d’un film de kung fu : un homme, genre garde du corps, plutôt belliqueux et une pin up enjôleuse mais ambigüe. L’action est elle aussi digne d’un film de ce genre : brutale, de plus en plus rapide, effrénée, jusqu’à une chute banale, confuse, mystérieuse, sans explication aucune. Le narrateur est éjecté de l’action et se réfugie vers Marie.

Marie, il en a été l’amant, elle est son aimant, ils sont séparés, elle lui confie une mission qui semble d’une grande importance, elle l’appelle, lui d’abord, quand son père décède brutalement, il court vers elle quand elle est dans le deuil. Il fuit, elle fuit, mais à chaque tournant, le courant qui relie les deux ex amants les ramène l’un vers l’autre sans pouvoir réellement les réunir. Dans « Fuir », l’auteur introduit la mort, la mort qui rapproche les deux protagonistes sans pouvoir les réunir, on comprend alors que c’est la mort qu’ils cherchent à fuir tous les deux en pensant qu’ils la fuiront plus facilement ensemble sans être pourtant unis par un lien quelconque.

Ce livre m’a paru un peu plus obscur que les deux autres du cycle que j’ai déjà lus, les explications fournies par l’auteur, à la fin de l’ouvrage, dans une interview accordée à son éditeur chinois, m’ont éclairé mais pas suffisamment pour que le livre soit devenu lumineux pour moi. L’écriture de Toussaint m’est certainement plus précieuse à la lecture du texte que les explications qu’il essaie de donner, une bonne partie du récit doit être en lui, il le dit, comme il dit qu’il a vécu les événements constituant le roman. J’aime son écriture même si certaines phrases semblent bien longues à certains, moi, je ne m’en rends même pas compte, je trouve que ce texte est très bien scandé, très bien rythmé, il suffit de se laisser glisser au fil du texte, les ruptures et les respirations arrivent toujours à points nommés pour que le lecteur ne s’essouffle pas. Je reste aussi très admiratif de cette façon de construire un roman dont le centre est excentré, le narrateur parle à la première personne mais il n’est pas le centre du roman qui reste Marie même si elle est parfois très loin de l’action, on sent toujours sa présence comme quand elle appelle le narrateur au moment où il va faire l’amour avec la belle Chinoise.

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