La Dame de la combe – Claude Donnay
« Votre mère va mal, Il faut venir ! ». Aurore Dumont est mourante, elle va quitter de monde sans jamais avoir revu Tom, le fils qu’elle n’a pas accepté parce qu’elle a toujours refusé la façon dont elle a été fécondée. Mais, Tom est venu, il veut comprendre, il veut pardonner, Petrus lui a enseigné le pardon et la résilience. Dans la cabane de sa mère, Tom a retrouvé Judith, Judith qu’il a déjà revue à la ville quand il était plus jeune, Judith qui avait aimé Aurore quand elle n’était que des jeunes filles encore bien naïves.
Lors de la fête de la Saint-Jean, alors qu’Aurore n’était qu’une très jeune fille, elle a sauté par-dessus le feu en tenant la main de Judith, cette main si sensuelle, si douce, si chaude lui a laissé un trouble profond, comme un amour. « Aurore et Judith ont sauté le feu, main dans la main. / Un mariage dans l’année, affirme le dicton. / Un amour de silence et d’absence, dit la vie ». Les homes du village ont vu les filles, Judith, elle, n’a rien vu, elle s’était endormie, Aurore, elle, a été la proie des ces démons en rut. Elle a dû quitter l’école de la communauté « hippie » où elle enseignait aux petits. Elle est partie avec son fils, « Le Fils de la mère célibataire », le gamin harcelé, le gamin qui a retrouvé goût à la vie avec Petrus, l’homme des bois qui partageait la cabane avec sa mère. Le père adoptif, l’amant platonique, celui qui a dit la nature et ses habitants au petit Tom, l’homme qu’ils n’ont pas supporté, l’homme qui a été abattu, accidentellement ? Peut-être ?
La mère, c’est la sorcière, celle à qui Petrus a révélé les secrets de la nature, celle qui a jeté un sort à ceux qui ont abusé de son jeune corps, celle qu’on accuse de tous les malheurs qui tombent sur le village, celle que les femmes craignent mais que beaucoup respectent, elles savent mais ne veulent pas dire comme le boulanger qui a tout vu mais s’est toujours tu. Tom veut conserver la cabane aménager par Pétrus pour vivre en paix avec le village est mener à terme son long chemin de pardon envers tous ceux qui ont détruit sa mère et souillé sa propre vie.
Dans roman polyphonique construit comme un puzzle où les narrateurs voyagent dans le temps et dans l’espace de cette petite commune, chacun d’eux donne sa version des événements ou d’une partie des événement telle qu’il l’a vécue. C’est un texte très poétique, on retrouve ici le Donnay poète, très bien construit avec des mots très choisis. Un texte qui évoque surtout la conditions des femmes dans les campagnes au cœur du XX° siècle mais aussi les mœurs un peu primaires de ceux qui y vivaient avec leurs traditions, leurs superstitions, leurs convictions religieuses teintées de paganisme. L’auteur n’hésite pas à faire un petit détour temporel pour insérer dans ses lignes quelques problèmes bien actuels comme le manque de respect écologique, le sort des peuples en mouvement …
M.E.O.
Merciii infiniment, cher Denis. Tes impressions de lecture sont toujours si fines, si justes. C’est un immense plaisir de te lire, et je t’en suis si reconnaissant.