21 août 2015 ~ 0 Commentaire

Le mal que l’on se fait – Christophe Fourvel

Avec un texte fait de courts chapitres écrits dans une langue très littéraire, dépouillée, précise, concise, soignée, académique et élégante, Christophe Fourvel entraine ses lecteurs à la suite  d’un personnage dont il ne dit rien, dans un voyage très énigmatique. On comprend seulement que cet individu n’a pas quitté son domicile et son pays pour de simples vacances mais qu’il a entrepris un long périple pour fuir quelque chose ou, au contraire, chercher quelque chose. Etonnement ce personnage ne fait rien qui puisse dévoiler ses intentions, il mène une vie solitaire, fréquente peu de monde et connait dès son arrivée la durée de son séjour. Il  débarque ainsi dans une ville non nommée, apparemment un ville d’Amérique du sud, on apprend plus tard qu’elle se situe à 11 000 km de son lieu de naissance en France, une ville qui pourrait-être Buenos Aires d’après le nom des places, des rues, des lieus principaux et de l’importance du tango. Un personnage qui semble en reconstruction, un personnage qui aurait fui un monde pour commencer une nouvelle vie. Il raconte sa prise de contact avec cette ville, ses faits et gestes réduits au minimum comme son texte, et les quelques contacts qu’il noue avec les autochtones.

Ses habitudes n’ont pas le temps de l’ancrer dans la société locale, il part déjà pour sa seconde destination, le Proche Orient où il souhaite effectuer un séjour bien délimité,  trois mois, dans une ville qu’il ne nomme pas mais qui est sans conteste possible Istamboul, on peut facilement l’identifier à travers le nom des quartiers, des ponts, des monuments, … qu’il cite abondamment. A la fin de son séjour, il rompt avec les quelques habitudes qu’il a prises pour rejoindre son port d’attache, le lieu qu’il a fui pour affronter son passé et les événements qui l’ont jeté sur la route pour effectuer ses deux voyages en forme de séjours expiatoires, d’acte de contrition, de motif de renaissance. « Il arrive un jour où l’étranger finit par partager des secrets avec la ville qui l’accueille ». « Il arrive un jour où l’étranger parle avec la ville qui l’a fait étranger. »

Ecrite à la deuxième personne du singulier, la deuxième partie, apporte encore plus de force au texte, elle sonne comme une interpellation, comme une injonction, comme une incantation, comme si le narrateur s’interpelait lui-même mettant ainsi une distance entre lui et le héros de cette histoire qu’il est. Littérairement, j’ai beaucoup apprécié ce texte qui tient le lecteur en haleine jusqu’au dénouement qui, hélas, m’a moins enchanté. Je regrette que l’auteur ait choisi des événements par trop banalisés par l’actualité, des marronniers de la presse, pour expliquer l’intrigue qui a jeté le héros sur la route. La qualité du texte, la finesse de l’auteur et sa créativité littéraire me laissaient espérer une issue moins banale. Mais, peu importe l’histoire, c’est la démarche littéraire qui prime et elle est, à mon sens, excellente.

Ce texte est aussi une réflexion sur la culpabilité, le pardon, l’expiation, la rédemption, la fuite et aussi sur  l’acceptation et la résilience.

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