23 septembre 2025 ~ 0 Commentaire

Gioconda – Nikos Kokàntzis (Edition illustrée)

Marion Hennebert propose une nouvelle édition de ce chef d’œuvre de la littérature grecque, et plus généralement de la littérature romantique, dans une version numérotée, imprimée sur du papier de luxe, reliée d’une couverture cartonnée et surtout magnifiquement illustrée par Anne Defréville. Pour ceux qui ne connaitrait pas ce texte, je reproduis ci-dessous le commentaire que j’avais écrit lors de la publication de la version au format poche.

***

Merci à Marion Hennebert de m’avoir permis de relire Gioconda ce livre qui m’avait déjà bouleversé quand je l’ai lu pour la première fois à la toute fin du siècle dernier. Ce court récit raconte une histoire d’amour entre deux adolescents grecs au début des années quarante quand les Allemands occupaient la Grèce. Nikos Kokàntzis rapporte lui-même que cette histoire est absolument authentique que tous les détails sont vrais, que c’est l’histoire qu’il a vécue pendant quelques mois avec Gioconda sa petite voisine juive.

La famille de Nikos vivait à proximité d’une maison abritant un couple juif parents d’une belle phratrie : quatre filles et deux garçons. Les filles étaient les plus âgées, Gioconda était la quatrième. Elle était la compagne de jeu préféré de Nikos, ils ont grandi ensemble, jeune adolescent Nikos est tombé amoureux de la jeune fille croyant qu’elle était courtisée par son cousin, ce qu’il ne supportait absolument pas. Un jour, à bout de jalousie, il a explosé proférant des mots inacceptables sur la communauté juive et plus particulièrement sur le cousin qu’il prenait pour un concurrent. Gioconda ayant mis les choses au point, ils ont alors vécu un amour très fort, rare, très pur, un amour que ne peuvent vivre que des innocents seuls dans leur monde, loin des autres, loin du monde en ébullition, loin des violences même si Nikos encore gamin s’est engagé dans la résistance pour quelques actions de propagande surtout.

Nikos décrit cet amour avec une grande simplicité, dans un texte qui respire la vérité, la douceur, la tendresse, qui enflamme le récit du feu de la passion, qui dégage la confiance absolue des amoureux entre eux, la fusion entre deux gamins qui découvrent l’amour jusqu’à son aboutissement le plus accompli, expérimentant la fusion des corps comme deux jeunes adultes qu’ils n’étaient pas encore. Mais, une si belle histoire d’amour ne pouvait pas durer éternellement, elle était trop belle, trop pure, trop absolue… ce sont les sicaires de l’abominable dictateur qui alors détruisait le monde et surtout le peuple juif, qui se sont chargés d’y mettre un terme en déportant la belle adolescente avec sa famille.

Nikos a gardé longtemps cette histoire pour lui, ils l’avaient cachée à leur famille respective et à leurs amis, jusqu’en 1975, date à laquelle il l’a écrite et publiée. Nikos a laissé parler son cœur, aucun chichi, aucune fantaisie dans son textes seulement de l’amour, de la tendresse et de l’authenticité. Un texte émouvant, bouleversant qui raconte une histoire merveilleuse dont le dénouement est révoltant. La scène finale est certainement la plus douloureuse que j’ai lu depuis des décennies. Aujourd’hui, la résidence, la dignité, la pudeur de cette famille devant une mort certaine sont toujours aussi renversantes, ma dernière lecture m’a encore fait monter les larmes aux yeux et la rage au cœur.

Merci Marion d’avoir, l’espace de cette lecture, fait revivre Gioconda et le merveilleux amour qu’elle a vécu avec Nikos.

Editions de l’Aube

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