L’équinoxe des couleurs – Anca Eliès
Lors d’une rencontre littéraire, le mari d’Anca m’a remis ce recueil écrit par son épouse, je l’ai lu avec grand plaisir, il respire la double culture de son auteure qui filtre au creux de ses poèmes, « … / je joue dans la pénombre de l’oubli / avec la montagne /une marelle implacable / dans l’entre deux pays / parsemé de nombres – mots anonymes ». Les textes d’Anca sont plutôt hermétiques, ils enferment le secret de leurs intentions au creux de vers doux et bien rythmés. Cette double culture est peut-être à l’origine de cet entre-deux que propose l’auteure, entre le monde réel qui l’entoure et le monde fantastique qui l’imprègne.
Anca raconte son pays en deux couleurs, en deux matières : la neige et les pierres, symbole de sa double culture ? peut-être… En lisant ses vers, je me suis retrouvé dans ma jeunesse quand je me baladais à la lisière des bois, en bordure d’une belle plaine couverte de neige, au moment où le ciel et la plaine semble vouloir s’épouser, au moment où le silence s’installe comme sur une partition, que l’air devient papable, que les nuages se confondent avec la neige et que celle-ci commence à tomber encore en de lourds flocons épars. Moment d’un calme absolu, moment de silence originel, moment de magie que je ressens encore cinquante ans plus tard. « Pour que tu aies du silence à lire / j’écris d’un trait de sel / dans la neige // … ».
Anca sait à merveille raconter, étudier, sentir, admirer, lire le monde qui l’entoure, le monde qui constitue son pays avec ses rigueurs, ses aspérités, ses saillies mais aussi ses sons, ses odeurs, ses couleurs, sa douceur… Elle possède l’œil du photographe qu’elle est aussi, elle sait voir et saisir le moment, l’instant, le site, l’expression qu’elle traduit en mots images qu’elle inscrits dans ses vers. « tous ces mots / Que tu m’apportes / j’en fais une forêt de crânes / … ». Elle possède cette maitrise de la langue dont souvent ceux qui l’on apprise après leur langue maternelle, jouissent dans ces plus justes acceptions, contours, détours, sens et contresens…
Son texte évoque aussi le monde où elle a vécu, un monde rude et froid où la seule chaleur était celle transmises par les êtres qui l’entouraient. « … / pourtant chaude / la maison nous tenait froid / avec ses fièvres ».
L’Harmattan