10 avril 2024 ~ 1 Commentaire

Verrous – Sandrine Davin, James Lilley

Récemment, j’ai rencontré Daniel Ziv qui a implanté sa jolie maison d’édition dans un chalet montagnard à quelques dizaines de kilomètres de mon domicile, là où les paléontologues ont découvert des traces de dinosaures, peut-être un présage pour prévoir un long avenir à cette maison. A cette occasion, Il m’a confié une jolie pile de recueils de poésie dont celui-ci qui est écrit à quatre mains, et en deux langues, par Sandrine Davin et James Lilley. Un exercice que Daniel apprécie particulièrement, il y d’autres recueils de ce type parmi ceux qu’il m’a remis.

Ce recueil est introduit par un poème qui décrit la prison, le cadre, l’ambiance, la morosité, l’ennui… : « Murs gris / Quatre murs / Trous de silence / Et trous de mémoire / Laisser son nom / Son identité /- Enfermement- / Ne pas respirer / Juste suffoquer / Tuer le temps / A ronger le béton / Et s’endormir ». Dans cet univers sombre, gris, atone, triste, il y a peu d’espoir. « Les nuits sont noires / La lune est pâle / Ici tout est gris ». Le vocabulaire, les sons, la musique des mots renforcent cette impression de désespoir. « Dans la cellule froide / Froide / Le cœur saigne / La chaire ronfle / toute la nuit ».

Pire que la froideur et la grisaille, il y a le silence , « Les silences hurlent / A travers / Les barreaux » il rende encore plus sinistre ce « Lieu de péril / Milieu de chaos / Espace lugubre / De 14m² / Et rouillure / De barreaux ». Dans la prison, l’homme se défait, perd son humanité, son corps s’abîme sous les coups, son cerveau s’étiole : « Yeux dans les yeux / Genoux contre genoux / Mémoire grignotée par le temps ». Les mots sont répétés pour leur donner encore plus de poids, plus de force, plus d’impact…

Le maître mot en prison reste le temps : le temps qu’on doit y passer, le temps déjà passé,  le temps qu’il reste à y passer. « Sur la terre froide / il compte les jours / les heures / Les minutes // – Chaque seconde est interminable - ». Sandrine avec la collaboration de James Lilley, un boxeur anglais, qui écrit des vers dans sa langue natale renforçant ainsi l’universalité du monde carcéral et le traitement qu’y supportent ceux qui ont eu la malchance d’être condamnés à y résider.

Dans ce recueil la forme à une grande importance, comme celle du texte dans l’utilisation des tirets pour encadrer, enfermer, le mot  « enfermement » pour renforcer l’effet de claustration voulu par l’auteure. Des mots écrits en cascade, comme pour les asséner sur les détenus. Les vers sont courts, les textes sont courts, les mots sont forts, répétés parfois pour résonner encore plus fort. Ils colportent dans leurs sons, leur rythme, leur mise en scène toute la tristesse que le détenu ressent dans cet espace gris, froid, trop étroit et silencieux.

Seule la mémoire peut tuer le temps qui se traîne en longueur dans ce lieu sinistre : « -Tuer le temps / A coup de souvenirs - ».

Z4 éditions

Une réponse à “Verrous – Sandrine Davin, James Lilley”

  1. Et pour trouver ce livre bien remarquable… Soit le commander chez un libraire, soit directement sur le site : https://z4editions.fr/product/verrous/


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