06 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Graines de Chouïa – Patrick Boutin

Cette collection, soutenue par les Editions Deleatur, diffuses ses ouvrages dans les lieux nomades comme les boîtes à livres. Le but de la manœuvre étant de mettre à la disposition des lecteurs peu fortunés des ouvrages qu’ils peuvent lire puis faire circuler en indiquant leur adresse à la fin du livre avant de le remettre dans la boîte à livres, créant ainsi un réseau de lecteurs où chacun peut partager ses opinions et ressentis. C’est aussi un hommage aux livres dissidents qui circulaient, à une certaine époque, sous le manteau en URSS.

Le présent opus, œuvre de l’ami Patrick Boutin dont j’ai déjà lu une dizaine de recueils chez divers éditeurs, est composé de bribes de textes, des « chouïa » comme disent ceux qui ont connu les soldats et les rapatriés revenus d’Algérie dans les années soixante. C’est un hommage à la formule courte qui en dit souvent beaucoup plus que de longs et verbeux textes alambiqués hermétiques. Quelques mots permettent souvent de créer une ambiance, un monde, une histoire et parfois une formule drôle. «  L’homme invisible / était nu comme un verre ».

Dans son recueil, Patrick se livre à un petit jeu sur les mots en les déformant ou en en créant de nouveaux avec des morceaux d’autres mots : « A l’issue de son cursus de spécialisation, le jeune médecin pustule à un emploi de dermatologue », « J’ai aperçu une licorne obèse dans le haras. Elle ressemblait plutôt à un rhinocérosse ». Il pratique aussi volontiers le détournement de mots et d’’expressions : « Le boxeur somnambule / se battait à poings fermés », « Mieux vaut être émir qu’insultant ».

C’est finalement un recueil drôle, humoristique et même parfois un peu coquin qui devrait trouver un lectorat dans les lieux nomades où bougent les livres : « En matière de rétropédalage, / le frein justifie les moyeux », « Lors de la Cène, Jésus dit à ses apôtres que le vin était son sang, le pain son corps – Juda n’osa pas se resservir en andouillettes ». Et pour terminer, je vous dévoile cette jolie contrepèterie que j’ai trouvée au cœur du recueil : « Tombé raide dingue de cette jeune femme au premier regard, l’on disait de ce couturier reconverti qu’avec elle il aurait été fou de coudre ».

Club Samizdat

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