Les tulipes du Japon – Isabelle Bielecki
Cet opus est le deuxième tome d’une trilogie dont j’ai déjà lu, selon un ordre très peu logique, le troisième, « La maison du Belge », qui raconte la vie sentimentale de l’héroïne, et le premier « Les mots de Russie » qui évoque son enfance et le début de sa vie d’adulte. Le présent texte, « Les tulipes du Japon » est donc le deuxième tome de la trilogie, celui dans lequel l’auteure raconte la vie sentimentale d’Elisabeth, l’héroïne de cette trilogie. Elle évoque sa vie professionnelle quand elle travaillait dans une grande société nipponne dont elle a séduit le patron qui lui a fait découvrir la volupté qu’elle n’a jamais connue avec son mari. Celui-ci ne l’a pas beaucoup aimée, l’a délaissée et ne lui a pas apporté tout le plaisir qu’une femme attend d’un époux. Elle l’a rapidement trompé et ils ont vite divorcé malgré la naissance d’une petite fille. Elle s’est mariée trop vite, plutôt pour fuir sa famille que pour construire la sienne.
La vie d’Elisabeth a basculé quand les patrons japonais de la filiale belge ont compris que le leur représentant avait une liaison avec une personne de l’entreprise. A son grand dam, son amant a été muté dans une autre filiale très loin de Bruxelles. Son amant lui avait appris la volupté et lui avait permis la liberté qu’elle n’avait pas connue entre une mère violente et un père exalté après ses années passées dans un camp de concentration. Mais, son aventure lui a aussi fait découvrir la culpabilité d’avoir trompé et la douleur d’avoir perdu son amant.
Une épouse divorcée qui a eu une liaison et qui a connu l’adultère avec son patron devient, aux yeux de ceux qu’elle fréquente, une personne peu stable, peu fiable et, pour certains même, un peu légère. Une femme qui donc trouvera difficilement le mari, l’amant, le compagnon, la personne avec qui elle pourra construire un couple solide et pérenne. Elle va donc d’homme en homme, de déception en déception, jusqu’à ce qu’elle tombe dans une forte dépression qui altère même sa santé.
Ce texte est un véritable catalogue de tout ce que peut connaître une femme dans sa vie sentimentale et amoureuse : la séduction, la consommation des sentiments, le mariage, le partage du quotidien, la désillusion, la tromperie, la volupté, le plaisir et de nouvelles désillusions, … Tout ce que la rencontre de deux êtres qui s’aiment, ou croient s’aimer, peut provoquer. Pour Elisabeth, le problème est plus complexe puisqu’elle doit transporter dans son bagage affectif et psychologique tout ce que ses parents lui ont légué : la violence, l’illusion, la perte des racines, la souffrance, l’honneur entaché, … Un catalogue qu’elle résume en trois lignes : « Laquelle de ces trois femmes a raison ? Angela la manipulatrice, Irène la collectionneuse ou sa mère la provocatrice ? Ou même, la quatrième, l’utopiste ? ».
A l’occasion d’une autre lecture, j’ai eu l’opportunité d’échanger avec Isabelle sur le concept de psychogénéalogie et j’ai été surpris de retrouver dans mon commentaire de « Les Mots de Russie » ce passage qui évoque bien cet aspect de la psychologie que je ne connaissais au moment où j’ai écrit ce commentaire. « La guerre ne fait pas que des morts et des gueules cassées, elle laisse aussi de nombreux traumatismes psychologiques qui se transmettent parfois pendant plusieurs générations. Ayant lu le tome trois de cette trilogie, je sais qu’Elisabeth, Isabelle, a porté pendant de longues années le lourd fardeau que ses parents lui ont laissé en héritage ». Après cette lecture, je ne peux que confirmer ce que j’ai écrit à cette époque.
Et il convient d’ajouter à ce lourd héritage, le choc des cultures qui affecte la relation d’Elisabeth dans son amour pour son amant japonais puis dans ses épineux démêlés avec son nouveau patron, japonais lui aussi, qui la harcèle méchamment.
M.E.O.