16 février 2023 ~ 0 Commentaire

Du détachement à l’anéantissement – Maître Eckhart

Trouver ce livre dans ma pile a été un vrai plaisir et un moment de nostalgie, il m’a rappelé l’époque où, à l’université, j’étudiais la réforme et la contre-réforme dans le cadre d’un certificat de licence d’histoire. Je me souviens avoir, à cette occasion, présenté un exposé sur les Mystiques rhénans dans lequel j’avais été amené à considérer le mouvement mystique depuis ses origines, Saint Paul notamment auquel Maître Eckhart se réfère souvent, tout comme Denys l’aréopagite – en fait le pseudo Denys – et Saint Augustin. Bien qu’il ne l’évoque jamais dans ce recueil, Eckhart a certainement eu connaissance des écrits d’Hildegarde de Bingen décédée environ un siècle avant sa naissance.

Eckhart est un moine dominicain né en Thuringe vers 1260, au cœur du XIII° siècle flamboyant, il appartient à un ordre créé au début de ce siècle, peut-être pour contrebalancer la puissance économique des Cisterciens qui avaient étendu leur puissance sur l’ensemble de la chrétienté. Les Dominicains, tout comme les Franciscain créés à la même époque, étaient un ordre séculier dit mendiant parce que leurs moinses vivaient dans le siècle au contact des populations auxquels ils demandaient l’aumône et non un ordre régulier comme les Cisterciens qui vivaient cloîtrés selon une règle et se nourrissaient du fruit de leur travail. De moins mendiants dénués de tout bien matériel, les Dominicains ont rapidement évolué, leur mission de répression des hérésies les a vite conduit vers d’autres tâches moins nobles et plus sévères. Leur expertise de la répression des hérésies a fait que les autorités religieuses leur ont vite confié la mission de conduire l’Inquisition, tâche qu’ils ont assumée avec un zèle tout particulier et une violence souvent exacerbée. Eckhart fut lui-même traduit par ses pairs devant leur tribunal mais il décéda avant d’être condamné formellement en 1329. Il a été réhabilité sous Jean Paul II grâce à l’intervention du Cardinal Ratzinger futur Benoît XV.

Maître Eckhart comme il est couramment dénommé, se situe ainsi à la naissance du mouvement des Mystiques rhénans qui ont été très actifs aux XII° et XIV° siècles. Il a certainement inspiré celle qui a rédigé la Perle évangélique, texte mystique publié en 1535, et aux diverses tendances mystiques se réclamant notamment d’Hildegarde de Bingen qui sont encore actifs actuellement. Dans le texte proposé par Louis Bottu, l’éditeur a regroupé des sermons de Maître Eckhart notamment « Du détachement à l’anéantissement » éponyme de ce recueil.

Dans ce premier texte Eckhart explique comment le détachement qui « veut n’être rien » conduit à l’anéantissement total car seul Dieu qui vit en l’homme dans l’espace le plus infime, peut exploiter cet espace laissé par l’anéantissement. Il convient donc de n’offrir qu’un espace minimum en son sein pour que nulle autre force puissent se glisser en l’être pour concurrencer Dieu. Il faut donc tendre à l’anéantissement absolu pour que seul Dieu puisse se glisser en l’être.

Dans les autres sermons, il explique comment la retraite spirituelle peut-être conduite et comment une vraie possession de Dieu repose dans le cœur ; comment il faut comprendre la béatitude dans la fameuse expression « heureux les simples d’esprit » ; comment atteindre la perfection de l’âme, arriver à la plus haute perfection de son être et à la contemplation de Dieu, à la vraie connaissance de Dieu par une réelle compréhension de la Sainte trinité, compréhension qui conduit à l’appréhension de l’union de Dieu et de l’âme, à la fusion de l’homme en Dieu. Ce recueil se clôt sur un sermon sur les justes et la place qui leur est réservée auprès de Dieu.

Ce recueil ne comporte que des textes d’une pure spiritualité, d’une mystique exacerbée. Si le reste de son œuvre est de la même nature, je comprends un peu pourquoi sa hiérarchie l’a condamné, il n’évoque jamais le clergé ni aucune hiérarchie séculière. Pour lui la religion catholique n’est qu’un rapport direct entre Dieu et les hommes où seuls les saints peuvent s’immiscer. Le pape pouvait difficilement accepter que sont propre rôle, ses fonctions, son pouvoir et son infaillibilité soient mis directement en cause.

Maître Eckhart n’a certainement pas la postérité qu’il aurait méritée quand on considère l’influence qu’il a eu sur ceux qui lui ont succédé. Dans un texte servant d’introduction à ce recueil, on peut lire que Maître Eckhart trouve ainsi sa place aux côtés des écrivains chrétiens déjà publiés aux Editions Louis Bottu, Péguy et Bernanos et d’un texte non moins singulier attribué à L’Ecclésiaste. J’ajouterai que pour ma part, je pense qu’il n’est certainement pas totalement étranger au panthéisme élaboré par Jean-Jacques Rousseau.

Louise Bottu éditions

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