L’être à l’enfant – Sophie Brassart
La lecture de ce recueil m’a permis de découvrir cette poétesse que je ne connaissais pas auparavant, j’étais tout de même fort confiant car je n’ai eu que de bonnes expériences avec Tarmac qui déniche et publie toujours des auteurs de grande qualité. Dans ce présent recueil, Sophie Brassart propose, sur chacune des pages, deux strophes de quatre vers qui constituent à eux deux un petit poème : une image, une impression, une sensation, un ressenti :
« Te voici, dans le jardin, / en éveil sur la balançoire, / avec ton visage renvoyant / jusqu’au coin // le plus dégagé du ciel / les derniers sillons du potager / L’odeur de l’ombre, comme on aime sentir sa gloire ».
Sophie fait chanter les mots en les tamisant, les triant, les sélectionnant avec la plus grande rigueur pour qu’ils rendent ces images, ces impressions, ces sensations, ces ressentis, plus vrais que nature, au-delà de la matérialité de nos vies, dans l’espace réservé aux poètes. Sous la caresse de ses mots, elle esquisse un monde dépassant les contraintes quotidiennes, pénétrant les cœurs et les âmes.
« Tes deux mains / retenues par l’ombre / cherchent un ciel nouveau / Quand les fleurs des pruniers tombent ] ».
Elle évoque les hommes et les femmes, les êtres – comme pourrait l’évoquer le titre dégenré du recueil, si être est accepté au mode nominatif -, les enfants, la nature et les animaux qui l’habitent, à travers les couleurs, les formes, les musiques qu’elle dessine ou compose pour esquisser le monde qu’elle semble appeler de tout son talent. Elle peint les émotions comme elle peint la vie, l’amour la mort.
« A contre-jour, / chaque façade s’est alourdie / autant que les bêtes / à l’approche de la mort ».
Sophie est aussi peintre, son talent pictural est très visible dans ses textes très visuels où les mots sont souvent comme des touches de couleur qui font vivre les images et les personnages qu’elle pose sur ses pages.
« Laisse l’image, le mot, jusqu’au nom du bonheur / s’évanouir, comme ce vent nourri / de pierres qui écrase la pluie sur / le cheval de trait ».
Le mot et l’image sont caresses dans le monde de Sophie, elle les choisit comme le marqueteur sélectionne ses bois pour obtenir les meilleures impressions, et les assemble le plus justement faisant même appel, parfois, à des formules de style comme ce zeugma : « des verres et du vent » si justement placé.
Les caresses de Sophie sont faites de mots mis en vers…
Tarmac