Mises à nu – Carine-Laure Desguin
Carine-Laure est un peu comme le couteau suisse des lettres, elle est capable d’écrire sur de très nombreux sujets et dans toutes les formes littéraires, ou presque, j’ai déjà lu de nombreux textes de sa plume dans des genres très divers. En la circonstance, elle aborde le dialogue, un genre littéraire qu’elle a déjà testé en écrivant une pièce de théâtre : « Le Transfert ». « Mises à nu » pourrait donc être mis en scène et présenté sur scène. Ce texte est un dialogue, dans un huis clos, entre deux personnages seuls : une veuve et l’ex maîtresse de son feu mari.
Marielle, l’infirmière qui prodiguait des soins à Monsieur Libert avant qu’il décède, rencontre encore son épouse à laquelle elle doit faire des piqûres pour soigner une névralgie, pseudo-névralgie apparemment, et le jour où elle pratique l’ultime injection de ce traitement, Madame Libert souhaite avoir une discussion sérieuse avec son infirmière . Elle lui demande, de but en blanc, si elle a eu une liaison amoureuse avec son mari. Marielle tente d’esquiver la question mais elle doit reconnaître que cette relation a bien existé, elle ne souhaite faire aucun mal à la veuve en s’étendant sur les détails de cette aventure. Mais, la veuve, femme très possessive, très matérialiste, très imbue de sa personne et surtout très fière d’avoir décroché la gros lot en épousant son patron, ne l’entend pas de cette oreille, elle veut tout savoir. C’est elle la veuve, l’épouse légitime, l’héritière, elle doit tout savoir quitte à en crever !
Le dialogue s’éternise, les détails deviennent de plus en plus cruels, de plus en plus sordides, de plus en plus humiliants, … , mais la veuve, dans une sorte de délire masochiste, veut en savoir toujours plus sur sa mésaventure et le batifolage des deux tourtereaux.
Ce texte est une véritable autopsie d’une tromperie parfaitement maitrisée par les deux amoureux au grand dam de l’épouse légitime restée dans la totale ignorance de sa mésaventure. Carine-Laure expose avec une grande précision la mécanique de l’adultère : comment naît une aventure illégitime, comment les deux amoureux restent bien cachés, comment les deux amants s’attachent l’un à l’autre et comment la pauvre cocue se pavane devant ses amies sans savoir qu’elle porte une belle paire de cornes.
Ce texte est aussi une réflexion sur le couple, il n’est nullement une institution figée mais une union vivante, il évolue en fonction des époques de la vie, des activités professionnelles, des rencontres et de bien d’autres paramètres encore, il est donc nécessaire de veiller à sa bonne évolution et de faire en sorte qu’il s’adapte aux conditions de vie des deux époux. Et peut-être, au moins pour certains, que le couple n’est destiné pas à subsister jusqu’à ce l’un des deux conjoints décède. Ce n’est peut-être qu’une tranche de vie, aussi belle soit-elle, … ?
Et, attention quand la maîtresse devient légitime, elle devient souvent la nouvelle cocue sous le regard narquois d’une nouvelle maîtresse.
Jacques Flament éditions