22 avril 2022 ~ 0 Commentaire

Toute cette beauté masquée – Yves Arauxo

Ce nouveau Microcactus, joliment introduit par un dessin de Félicien Rops, est composé de quatre-vingt-dix neufs fragments érotiques. Ces fragments, de deux ou trois lignes à une page complète du petit format de ce recueil, sont parfois des jolis aphorismes, des pertinentes réflexions, des allusions affriolantes, des propos suggestifs et même des petites nouvelles pleines de sensualité, des portraits ou tableaux très expressifs. Personnellement, j’ai trouvé ces petits textes plus sensuels qu’érotiques. Ce qui est certains, c’est qu’ils ne sont jamais pornographiques, ni graveleux et encore moins obscènes. Ils sont juste grivois, licencieux, croustillants et toujours littéraires.

J’ai aimé l’allusion suggestive et la délicieuse délicatesse de la chute de ce joli portrait :

« J’apporte un grand soin au choix des fromages. Résolument, je préfère les pâtes dures : j’adore quand la fromagère doit peser de tout son poids sur son couteau à double manche pour découper une roue où la lame pénètre lentement. Et son petit soupir quand c’est fini… »

J’ai été amusé par le regard licencieux de ce client :

« Chaque manipulation de jambon faisait apparaître, par l’échancrure du col de son lainage, l’épaule dodue de ma bouchère ».

Ce fragment m’a particulièrement fait rire :

« Maniant l’humour comme un principe de précaution, ma dentiste (qui est plutôt ronde, courte sur patte et fort âgée) me demande si je n’ai pas croisé un pangolin sur le chemin de son cabinet. Je la regarde et reste courtoisement silencieux ».

J’ai trouvé celui-ci bien troussé :

« Toute cette beauté masquée… il y en a tant qu’elle ne peut que masquer autre chose ».

Et, celui-là particulièrement d’actualité :

« Les infos sont sexy en ces temps de pandémie : tous les soirs, la présentatrice du JT retire son masque en direct après avoir reçu un invité sur le plateau ».

J’abonde fermement à tout ce que celui-ci évoque :

« Une femme drôle n’a pas à ses soucier de son physique : elle manie une arme plus efficace que la beauté ».

Et, le petit dernier pose une question qui, sous sa légèreté, suggère beaucoup :

« Quand la morale puritaine aura triomphé, sera-t-il encore permis de regarder dans le décolleté du monde ? ».

Ceci n’est qu’un maigre échantillon, il y a encore, dans ce recueil, plus de quatre-vingt-dix autres fragments dont un certain nombre évoque la femme dans le milieu aquatique comme un fœtus dans son océan amniotique. Un fantasme bien connu des créateurs publicitaires. Je voulais aussi souligner la culture littéraire de l’auteur qui cite de nombreux auteurs plus ou moins reconnus, j’ai même vu un moineau de Lesbie traverser une page en me rappelant un texte étudié à l’université.

Cactus inébranlable

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