07 janvier 2022 ~ 0 Commentaire

Les ailes battantes – Martine Rouhart

J’ai connu Martine dans les vers d’un recueil de poésie avec lequel elle peint « un monde où seules la musique et la lumière éclaireraient le vol des oiseaux, des oiseaux comme des colombes de la paix, des oiseaux pour égayer un monde qui serait trop calme dans la seule lumière du silence … ». Jamais après cette lecture irénique, je n’aurais cru qu’elle avait traversé une bien pénible épreuve, qu’elle avait dû batailler ferme contre un mal implacable. Il a fallu que je lise le récit qu’elle a écrit dès 2009 mais qu’elle vient seulement de publier grâce à l’intervention de Philippe Remy Wilkin, préfacier de cette édition, pour apprendre le long combat qu’elle a su verbaliser pour mieux le vivre et peut-être aussi pour le gagner.

Elle aurait pu écrire cette lutte comme elle écrit ses poèmes, elle l’a mis en forme dans des textes courts qu’elle a rassemblés pour en faire un récit biographique, peut-être l’évocation de la partie la plus importante de sa vie. Quand elle parle du mal dont elle est affectée et qu’elle doit combattre, elle a beaucoup de mal à le nommer, il faut attendre de nombreuses pages avant de se convaincre qu’elle a bien été atteinte d’un « cancer », ce mal terrible dont on redoute tellement que la médecine l’évoque quand on consulte. Ce cancer qui semble tellement l’inquiéter, elle apprend à l’apprivoiser pour mieux l’accepter et surtout mieux le combattre. « La maladie, il faut bien l’accepter. Mais si je peux y voir certains jours une chance, un moyen de m’enrichir, de me rapprocher des autres, de me dépasser… ».

« Des angoisses dans la tête / épaisses comme la nuit, / une sensation de vide qui me tire vers le bas, / la vie qui s’échappe trop vite / tel du sable dans mes doigts ». La poésie est aussi une arme pour dire le mal et ensuite le défier. Martine est une maitresse en la matière. Le combat et surtout Montaigne vers qui elle revient sans cesse, lui ont appris la résilience, cette arme qui permet d’accepter pour mieux se défendre. Mais le combat c’est aussi les autres et tout ce qu’ils peuvent apporter, même si in fine on se retrouve seul au moment crucial où la vie peut basculer, Martine le dit clairement : « Je suis convaincue que l’écoute et le partage, la générosité et la gratitude peuvent alléger nos fardeaux. / Il n’empêche, il reste la solitude de l’impartageable ».

Avec la musique de Bach, son autre fidèle compagnon de douleur, elle a découvert dans les pensées de Montaigne des raisons de croire en la guérison et d’espérer voir un jour le bout du tunnel même s’il faut régulièrement repasser un angoissant examen et vivre avec une certaine crainte au ventre. Elle croit comme le philosophe l’a écrit que : « Les maux (aussi) ont leur vie et leurs bornes, leurs maladies et leur santé ».

Martine nous offre un texte plein de délicatesse, de courage et de résilience pour lutter en espérant vaincre un mal qu’on ne nomme encore qu’avec une grand inquiétude dans la voix et une grosse boule dans le ventre. Sa lecture pourrait être un début d’espoir pour ceux qui sont hélas atteints de ce mal implacable qu’il faut, comme Martine, toujours espérer vaincre.

 

M.E.O.

Laisser un commentaire

An Other Fake Artist |
Nouvelleshorrifiques |
Twexter |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | FUYONS, LISONS !
| Taqbaylitiw
| Debauchesetperversions