09 juillet 2021 ~ 0 Commentaire

Mes Prescriptions – Gaëtan Sortet

Depuis un bout de temps, je croise souvent dans mes lectures d’aphorismes ou de textes courts des auteurs qui fréquentent aussi le monde de l’image : dessin, collage, peinture, … comme si le fameux « le poids des mots, le choc des photos » pouvait s’appliquer aussi à ce genre littéraire. Gaëtan Sortet lui aussi s’adonne à l’art de l’image, ses aphorismes en sont généreusement empreints. Son éditeur signale dans sa note bibliographique qu’« Il se définit comme un artiste pluriel, multiple et protéiforme dont les bases de son travail sont l’image et le langage ». J’ai eu comme l’impression qu’il cherchait des formules proches du visuel, capables d’impressionner le lecteur dès le premier regard, capables aussi de le déstabiliser par une modification de perception, d’angle, de netteté, …

Pour atteindre les effets qu’il veut provoquer, l’auteur utilise différents procédés comme le détournement des mots fondé sur l’utilisation d’homonymes phonétiques induisant un sens tout à fait autre à ses phrases. « Le destin n’est pas prédéfini. Le destin est grêle ». La dimension sonore de ses aphorismes est très importante, elle est à la base de plusieurs d’entre eux : « Le monde selon Greg LeMond », « J’ai dansé une valse à 9 temps sur le Pont9 pour l’An 9 ? J’ai mangé un 9 à la coque. 9orçons pas le destin ». On entend bien que le son prime sur l’écrit ou que l’écrit doit rendre le son, quitte à utiliser des subterfuges comme cette substitution des chiffres aux lettres.

Pour lire ce recueil, il faut aussi rester très vigilant car Gaëtan fait de très nombreuses allusions, sa culture semble immense, parfois même extrêmement subtiles. « Nuit machine, nuit maligne, nuit mamour », ça sonne comme une vieille chanson ; « On se lève tous pour la Poésie », cette allusion est beaucoup plus triviale, elle se niche dans le creux des publicités trop vues. Ainsi va Gaëtan, de détournement en allusion, de transformation en substitution, …, mais toujours gardant le sens de l’humour, tous ses aphorismes ou presque sont drôles et même parfois hilarants. Je ne dirais pas que c’est de l’humour élaboré, j’ai eu souvent l’impression qu’il avait envie de se marrer, que ses pensées relevaient plutôt de la rigolade, de la déconnade, comme un clin d’œil malicieux adressé à ses lecteurs.

Il parsème aussi ce recueil de ses « Prescriptions » comme celle-ci qui rend hommage à la poésie qui est le véritable pivot de ce recueil tant l’auteur semble admirer poètes et poèmes. C’est une véritable ode à la poésie qu’il évoque dans de très nombreux aphorismes et souvent dans ses « Prescriptions » : « Mes Prescriptions. / Parce que la Poésie que vous lisez est aussi importante que l’air que vous respirez », « Le poète ne fait qu’ébaucher son poème. C’est lorsqu’il est lu qu’il se crée » (point de vue de lecteur !), « Poète tu es maçon. Tes briques sont des mots et tu construis ta propre maison-œuvre ».

Tout un lot de bons mots récupérés, recyclés, retravaillés, réinventés pour dire d’autres choses pleines de malice et de connivence. Des choses plus lourdes que cette frêle fille : « Guère épaisse la petite Anna-Karen (Hine ?) m’a dit Léon ».

Cactus inébranlable éditions

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