22 juin 2021 ~ 0 Commentaire

Les 9 vies d’Ezio – Jean-Marie Darmian

Ce livre pourrait être la parfaite illustration de ce que fut, au début du XX° siècle, le flux migratoire des Italiens du nord vers la France où ils ont fondé une communauté soudée, courageuse, travailleuse, entreprenante, dure au mal, qui dut faire face à de nombreuses humiliations et vexations avant de s’installer durablement dans son nouveau pays où elle a créé pratiquement toutes les entreprises du bâtiment et des travaux publics qui ont construit la France du XX° siècle, celle du béton armé ou précontraint, celle des grands immeubles, des ponts, des autoroutes, etc…

Ezio, né en 1915, est le fils de Giovanni et Gesuina Baziana qui se sont installés dans la région bordelaise au début du XX° siècle. Le père a travaillé dur avec l’aide de son épouse pour charrier des blocs de pierres de la carrière vers les divers chantiers locaux. Ils avaient un cheval, ils pouvaient ainsi choisir leurs chantiers et leurs clients et travailler pour leur propre compte. Leur petite entreprise prospérait jusqu’au jour où un malheureux télégramme rappela à Giovanni qu’il était toujours citoyen italien et qu’il devait participer à la défense du pays contre l’envahisseur austro-hongrois. Ezio n’était qu’un nourrisson que sa mère emmenait avec elle dans tous les charrois qu’elle a effectuée seule pendant que son mari se battait sur le front piémontais. Après la guerre Giovanni, toujours aussi imaginatif et entreprenant, constitue progressivement une petite fortune en lançant dans une nouvelle technologie : le béton précontraint qu’il convoie lui-même sur tous les chantiers de ses collègues bâtisseurs. Mais l’âge d’or ne dure pas, lors de sa première sortie à la mer avec sa nouvelle automobile dont il est si fier, il est foudroyé par une hydrocution en plongeant dans l’eau froide dès son arrivée sur la berge.

Ezio n’est encore qu’un gamin de douze ans, c’est un brillant élève, le meilleur du canton, il décide qu’il ne sera pas instituteur comme le sien le voudrait, ni patron de l’entreprise conservée par la mère et un contremaître, il sera médecin pour comprendre comment son père a pu décéder si brutalement. Il entreprend et réussit les études nécessaires puis installe son cabinet où il s’investit auprès de plus pauvres, il sait d’où ils viennent. Mais Ezio n’en n’a pas fini avec l’Histoire. Lors d’un séjour dans sa famille italienne, il doit fuir précipitamment, en empruntant un itinéraire périlleux, pour échapper aux Chemises noires mussoliniennes qui voudraient l’enrôler prestement et l’envoyer tout aussi vite sur le front en Abyssinie. Il réussit son expédition et demande rapidement la nationalité française qui n’est pas la meilleure façon d’assurer sa sécurité. En 1943, ses collègues de l’Ordre des médecins, le désigne comme « volontaire » pour le funeste STO, il avait sans doute le tort d’être étranger. Malgré toutes ses démarches et rebuffades, il doit rejoindre Ratisbonne (Regensburg en allemand), au confluent du Danube et de la Regen, où il est affecté dans les usines Messerschmitt chargées de la fabrication du premier avion militaire à réaction. Un site ultra secret !

Ses malheurs ne font alors que commencer, il subit un traitement extrêmement sévère, il est même condamné à mort, sauvé in extrémiste par le vieux médecin allemand qu’il assite pour maintenir un minimum de vie chez les prisonniers travaillant dans cette immense usine souterraine. Là, il va connaître un événement terrible dont la description m’a beaucoup émue : le gigantesque bombardement des usines Messerschmitt par les Alliés. Son biographe raconte comment il l’a vécu, j’ai lu, il y a très longtemps, Un livre, Chasseurs dans le soleil, de John E Johnson, un ancien pilote de chasse britannique qui évoque ce bombardement lors duquel il a couvert les bombardiers qui déversaient leur mortelle cargaison sur sa tête et celle de mon père qui était lui aussi prisonnier de guerre dans cette même ville mais dans une autre entreprise. Il m’a souvent raconté la violence de ce bombardement et l’angoisse qu’ils éprouvaient, lui et ses camarades, chaque fois que les sirènes signalaient l’approche de nouvelles vagues de largueurs de mort. La guerre est souvent aveugle et frappe souvent au hasard, ce n’était l’heure ni pour Ezio ni pour mon père.

Lire c’est aussi faire des rencontres avec des auteurs, des éditeurs, des distributeurs et parfois se faire rencontrer dans un même texte des gens qui ne se sont jamais rencontrés et qui ignorent même l’existence de ceux avec qui on les met en scène. Vous comprendrez que, pour moi, ce livre véhicule une émotion particulière.

AMH communication

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