21 avril 2021 ~ 0 Commentaire

Abysse – Leïla Zerhouni

Après Sauvageon de Françoise Lison-Leroy, Bleu d’encre éditions publie un autre recueil entre poésie en prose et poésie en vers. En l’occurrence, il s’agit de poésie en prose comme incrustée de poèmes en vers, le plus souvent quelques strophes de quatre courts vers qui racontent en quelques chapitres et autant de tableaux, l’histoire d’une amie de l’auteure. Une fille disparue dramatiquement comme nous l’apprenons dès le début du recueil : « Le drame eut l’élégance d’attendre quelques années avant de frapper à notre porte ».

Dans une cité de la Louvière, des adolescents vivent une vie d’insouciance en coulant leur temps au rythme des obligations scolaires, des problèmes de fratrie, d’amitié et d’amour, jusqu’au jour où l’amie préférée parte loin, très loin : « Tu es partie loin, très loin et je n’ai plus entendu le son de ta voix… ». Le drame est survenu, les liens sont coupés, « la page est déchirée proprement, … ». Ana c’est la narratrice, Lydia c’est son amie de cœur, elles vivent une d’amitié quasiment d’amour sororal, mais le drame a explosé, Ana se rattache à la famille de Lydia à tout ce qu’elles ont vécu ensemble. Les souvenirs coulent sur la page plein de tristesse bien sûr mais surtout débordant d’amitié, d’amour et de nostalgie avec un reste de colère et surtout de culpabilité. Anna regrette de n’avoir pas accompagné Lydia jusqu’au bout de son calvaire, de ne pas l’avoir empêché d’aimer le mauvais garçon celui qui lui a fait du mal à l’en faire mourir.

Ce texte court, quelques chapitres seulement, tous placés sous la férule bienveillante d’un autre Louviérois, Le fameux auteur d‘aphorismes, Achille Chavée, présent aussi dans l’histoire comme le plus grand poète de la rue Ferrer. Un de ses aphorismes est placé en exergue de chacun des chapitres du recueil.

Leïla, avec ce recueil de poésie, démontre une fois de plus qu’il n’est nullement nécessaire faire long pour émouvoir, bouleverser, enthousiasmer, les lecteurs. Quelques mots habilement choisis et savamment combinés dans des phrases, dépouillées, aériennes, sensuelles, débordantes de tendresse, d’amour et d’amitié en disent plus que de bien longs discours pleurnichards et larmoyants. Je ne sais pas si Leïla a vécu une histoire de ce genre, je ne le souhaite pas, mais si c’est le cas, c’est un témoignage d’une beauté bouleversante qu’elle adresse à son amie, de plus, en lui écrivant à la deuxième personne.

Leïla nous montre aussi que le deuil ne s’exprime pas que dans la souffrance et la douleur, il se démontre aussi dans les souvenirs, la nostalgie et, dans son cas, par l’amour qu’elle voue au frère de la victime devenu le père de sa fille qui perpétue le bonheur qu’elle vivait avec son amie décédée.

Leïla Zerhouni : « Un jour nous lui parlerons de la rosée du soleil. Et de toi, Lydia ».

Achille Chavée : « Dans le plus petit village existe le sentier des amoureux ».

Bleu d’encre

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