22 janvier 2021 ~ 0 Commentaire

D’arrache-pied, d’arrache-coeur – Catherine Baptiste

En des vers très libres, courts, concentrés, condensés, en quelques mots seulement Catherine Baptiste dit, crie plutôt, « Non, je n’ai pas trouvé mieux qu’écrire des poèmes » pour raconter la balade des migrants, ceux qui ont laissé leur cœur sur leur sol natal, ceux qui ont usé leur pieds sur les routes d’un ailleurs meilleur.

« D’arrache-pied, d’arrache-cœur / quitter / mon pays premier / avec pour lambeaux / pour chaire / / un cri poignard / à tous vents »

Il y a un mot, un mot très lourd, trop lourd, dur, trop dur, pour dire ce périple périlleux, cette épopée improbable, ce voyage au maigre espoir mais il est trop violent pour qu’elle l’écrive, alors elle le confie à Sophie Verbeek, l’illustratrice, pour qu’elle le suggère dans sa délicate calligraphie.

« Il y a un mot pour dire cela / Ce périple / d’un point à un autre / d’un inconnu à un autre /d’un devenu inconnu d’où tu pars / vers l’inconnu devenu ton point de chute »

Ecrire des poèmes pour dire que chacun a droit au bonheur dans un monde paisible dont tous pourraient rêver. Ecrire des poèmes pour dire son envie de dévorer la vie, de se défouler pour déverser l’énergie débordante, de partager son empathie qui semble immense.

« et vivre encore / à merveille en chacun de vous / toutes les salves / de la très brûlante poésie des cœurs »

Bouffer la vie, la dévorer, trouver sa raison d’être au bout du chemin mais le bout du chemin n’est pas celui dont ils ont rêvé. Ils trouvent souvent une autre misère.

« des caves, des greniers, des puits en clair-obscur / des cages / des chambres closes, des tentes tentées / des jungles, des ghettos, des charniers non vidés »

Mais le tableau est peut-être plus sombre encore car la poétesse n’a pas pu tout dire, les mots sont trop cruels, il y aura un après et encore un autre après, et des autochtones qui ne verront rien, ne voudront rien voir ou hélas verront trop bien ce qu’il ne faudrait pas qu’ils voient.

« Je n’ai pas dit / tout ce que je vais taire / à toi qui répète en si grand / ce que j’ai vécu en tout petit »

En utilisant avec délicatesse et finesse, allitérations et assonances,

 « je le côte, je le côtoie, / je l’os, je l’océan, je le frôle / il m’absorbe, ma joie ne meure »

Catherine conclura cette misérable balade en une ballade, comme une prière, que nous chanterons avec elle à tous ceux qui n’ont rien vu pour avoir la bonne conscience de ne rien faire :

« Et là, que l’humanité se rappelle de moi ? Qu’elle se rappelle de toi et moi / Qu’elle se rappelle à toi et moi / longtemps / souvent ».

Bleu d’encre

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