15 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

L’écart qui existe – Olivier Vossot

Albane Gellé, rappelle dans sa jolie préface que « Ce deuxième livre prolonge le premier, il est de nouveau adressé au grand-père… ». Comme je n’ai pas eu le plaisir de lire ce premier opus, je me suis réfugié dans les vers, tout de légèreté, de ce second recueil où j’ai trouvé : la douceur des sons, des mots, des sentiments, du rythme qui emmène le lecteur sur les traces du grand-père disparu, la tendresse du petit-fils pour son aïeul, la nostalgie du temps passé avec lui, la tristesse de l’avoir perdu et l’attente toujours présente, l’attente dans le passé de le retrouver et l’attente, peut-être, aussi aujourd’hui d’un impossible retour.

En picorant dans les vers d’Olivier, j’ai essayé de retrouver ce grand-père craint et adulé.

« … / A huit ans j’ai su que j’avais peur de lui, de son mal être. / Chaque verre l’arrachait au même noyau de silence / … »

Ce grand-père tendre et aimant qui n’avait qu’un défaut : une inclinaison pour l’alcool

« Tout l’alcool dilué / le changeait / ne changeait rien. / … »

« … / Ce que nous attendions, elle et moi / n’était pas que l’alcool lui passe, … »

Ce grand-père disparu dont il ne reste que le souvenir, la tendresse, des images, des bribes de vie, des objets posés là, des odeurs.

« … / une attente, la vague odeur de médicaments / enfant, au milieu de regards dilués. / Lui n’est plus là, ne vient pas. / … »

« … / Souvent tu me tiens dans tes bras, / je ne pèse pas lourd de vie. »

Et il reste aussi, et surtout, les poèmes écrits dans sa jeunesse à lui, ses mots, son regard sur le monde qu’il habitait.

« Il me reste tes poèmes, / le pincement des lettres, les contours flous du temps. / J’ai traversé l’âge que tu avais / quand tu écrivais les premières fois. / … »

« … / Je ne sais plus / depuis ta mort le nombre d’années / … »

C’est comme un vide qui bée depuis que le grand-père est parti avec ses excès, ses vers, sa tendresse peut-être un peu rude, un monde qui se réduit autour des mots récurrents dans les poèmes de l’auteur : présence, absence, silence, attente, vent, temps qui passe … tout ce qui construit un monde qui n’est plus mais qui vit toujours dans sa mémoire. « A présent ce qui dure / nous sépare. / … ». Et des images bien ancrées dans ses souvenirs. « Il restait seul à la table / le poing contre la joue. / L’attente, … », des images chargées des odeurs de la vieillesse : « Dans la pièce, l’air, l’odeur / font une peau aux souvenirs. / … ».

 

C’est un portrait d’une rare finesse, plein de tendresse et de sensibilité, qu’Olivier dresse de son grand-père avec lequel il semble, par-dessus les ans, partagé un amour et une passion pour la poésie, et peut-être, qu’à la fin des temps ils pourront joindre leurs mots en un même poème…

« Nous n’avons plus l’un et l’autre / qu’à attendre sans nous voir/ que le silence qui couvre tout / sorte de nos bouches / … ».

Peut-être que « L’écart qui existe entre durer et tenir » n’est que cet espace de temps qui sépare les deux poètes qui se sont déjà réunis par les sentiments et les émotions que leurs mots transportent. Olivier a su à merveille alléger ses vers, les réduire à de simples traces d’émotion, de sensibilité, d’amour filial, tout en les laissant lourds des sentiment qu’il adresse à l’ancêtre adulé. Des poèmes qu’on a envie de relire juste après avoir refermé le recueil, tant ils sont beaux !

Les carnets du dessert de lune

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