26 août 2020 ~ 0 Commentaire

Exquises petites morts – Liliane Schraûwen

Eros et Thanatos, le titre de la dernière nouvelle de ce recueil pourrait être celui de ce livre qui évoque la lutte sans merci que se livrent sans cesse les deux compères de la mythologie grecque. Mais, celui proposé par l’auteure et l’éditeur est excellent, il évoque parfaitement la jouissance, toujours extrême et souvent ultime, que les héros des nouvelles de ce recueil peuvent ressentir. Personnellement, j’aurais peut-être penché pour un titre qui évoquerait plutôt l’exacerbation, l’exacerbation des sentiments, l’exacerbation des douleurs et des plaisirs… L’exacerbation et le raffinement, le raffinement dans les plaisirs, les tortures, la mort, et même le cynisme.

Liliane Schraûwen que j’ai découverte récemment dans un excellent recueil de poésie, Nuages et vestiges, publié chez Bleu d’encre, qui évoquait déjà une certaine forme d’exacerbation des sentiments, des sensation et des comportements. J’ai relu mon commentaire de ce recueil et j’y ai trouvé ces quelques lignes qui pourraient tout aussi bien illustrer les présents textes : « Une vie de femme pleine de douleur, de souffrance, de violence, de trahison, d’abandon, un vie de désillusion et de désespoir. Une vie comme trop de femmes en ont subie. Une vie de femme mise dans des mots mis en vers, des poèmes pour dire l’inacceptable ». Dans ce recueil de nouvelles, il ne s’agit, bien sûr pas d’une vie de femme mais de vies de femmes et d’hommes qui se rencontrent un peu brutalement, parfois même se percutent, se froissent, se déchirent, se démolissent… dans un grand choc que l’amour seul peut produire quand il est à son comble, exacerbé à l’extrême.

Comme le coup de foudre fulgurant que cette fille et ce garçon éprouvent quand un choc brutal les projette l’un contre l’autre alors qu’il n’en était qu’aux préliminaires. Comme la déception que ce garçon ressent quand il entend la voix de la fille, belle, belle, tellement belle qu’il la désirait ardemment. Comme l’ultime étreinte que Dominique inflige à son au mari qu’elle ne supporte plus mais qu’elle aime tellement. Comme le supplice qu’une femme voulant entrer dans le petit peuple des amoureux légendaires, inflige à son mari avant de le rejoindre dans un autre monde pour y vivre un autre amour tout aussi passionnel. Comme le souffrance et le plaisir ressentis par ce fétichiste léchant le pied de sa voisine au moment où un choc brutal permit à la fille de lui fracasser le nez. Et comme dans les treize autres textes de ce recueils dans lesquels Liliane Schraûwen raconte des amours exacerbés, passionnels, violents extrêmes, explosant de plaisirs sensuels, charnels, souvent confondus avec la douleur. « Je connais bien cet état où tout se confond, quand on ne sait ce qui domine, du plaisir ou de la souffrance ».

Ces textes écrit sur le fil du rasoir sont tranchants comme la lame qui s’immisce entre deux côtes, explosifs comme un orgasme trop longtemps contenu, et pour qu’ils atteignent l’extrême sensualité qu’ils dégagent et le haut niveau littéraire qu’ils atteignent sans jamais tutoyer la vulgarité ni la pornographie, il faut toute la finesse de la plume de Liliane et surtout l’immense raffinement de son vocabulaire, de son style et de son art de conteuse. Pour conjuguer plaisir souffrance, elle conjugue érotisme et littérature dans la même élégance et la même délicatesse.

M.E.O

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