29 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

Comme un derviche emporté dans un ciel d’été – Montaha Gharib

Montaha Gharib est une auteure libanaise née à Baalbeck dans la plaine de la Bekaa plus connue aujourd’hui pour les conflits sanglants qui s’y déroulent encore au XXI° siècle que pour la riche histoire que la cité vit depuis plus de quatre millénaires. Une telle profondeur historique marque sans conteste les populations qui se succèdent sur ce sol depuis plus de quarante siècles en construisant une culture d’une belle épaisseur et d’une grande densité. Héritière de cette longue histoire et de cette immense culture, Montaha Gharib enrichit ses vers des traditions, légendes, croyances …, qu’elle a récoltées auprès de ces ancêtres. Dans ce recueil qu’elle a divisé en deux « mouvements », l’un intitulé « Danse du renoncement », l’autre « Danse de l’enchantement », elle les laisse filtrer dans ces vers sans jamais l’affirmer. J’ai cru sentir cette influence sans jamais avoir lu explicitement des vers écrits à cette intention même si certains vers semblent bien explicites.

Dans ces trois vers du premier mouvement, elle indique bien que son pays a connu plus de souffrance que de bonheur :

« La vie est une chimère, une illusion,

Un champ brûlé, ravagé par la souffrance

Où s’efface toute trace de bonheur ».

Plus loin encore, c’est la douleur qui affleure :

« Dans la vie

Un jour au paradis

Le reste en enfer ».

Emporté dans la danse du derviche, les mots sont le refuge de la poétesse :

« Mots

Vous êtes mon refuge contre tous les maux ».

Nourrie de la souffrance de son pays, la poétesse ne compte pas se laisser emporter dans le tourbillon du renoncement, elle veut croire encore en la vie, que l’amour sera plus fort que la guerre et qu’il réchauffera son corps refroidi. L’espoir est toujours possible :

« Le jour s’achemine vers sa fin

Toi tu renais à la vie ».

Même si la guerre a tué l’amour, il faut croire encore car la vie est possible ailleurs même au prix de l’exil. Le plaisir n’est interdit à personne, tout le monde y a droit :

« Oui, j’ai tant envie

De cueillir le fruit défendu ».

Le recueil se termine comme une prière, à Astarté peut-être vénérée en ces lieux avec Baal, une prière pour un amour qui semble impossible. Peut-être que trop de contraintes s’opposent au plaisir des femmes ? Peut-être que les temps et les mœurs ne sont pas favorables aux amours ? Alors, Poétesse chante encore ta prière en forme de rapsodie pour que le derviche t’envoie l’amoureux que tu attends et qui t’aimera :

« Peu importe d’où je viens ni où je vais

Enlace-moi

Laisse-moi frissonner contre toi.

Que ta sève coule en moi !

Je veux sucer jusqu’à la lie

Le nectar des plaisirs interdits ».

Ces vers ont beaux comme l’amour qui réunit deux corps en ébullition, comme un poème d’amour venu de la nuit des temps, comme un derviche qui tourne à tout jamais sous un ciel étoilé !

Bleu d’encre

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