20 avril 2020 ~ 0 Commentaire

Ville ou jouir et autres textes navrants – Christophe Esnault

Christoph Esnault, je l’ai déjà croisé notamment lors de la lecture de Neuroleptie dans lequel il exprime sa dépendance aux médicaments, son angoisse, ses frayeurs, sa lutte, son courage, son espoir et sa volonté de s’en sortir. Dans ce recueil, j’ai retrouvé le poète et son écriture claire, nette, précise, fluide, dépouillée, même s’il écrit surtout en prose, révolté, mais surtout misanthropie, un peu aigri.

Ce recueil se compose de

-          deux textes qui se complètent pour raconter l’histoire d’un gars qui a raté son suicide et qui retrouve la vie en fuyant dans les paradis artificiels : drogue, alcool, sexe sans amour, débridé et très éclectique (hétéro, homo, trans). Rejetant la société dans son ensemble, n’acceptant pas l’autre, il se passionne pour le collage d’aphorismes monumentaux à travers la ville.

-          Dans une seconde partie rédigée en petits textes de quelques vers, il précise sa réflexion sur les sujets qui le préoccupent.

-          Suivent ensuite une série de réflexions, aphorismes, définitions, slogans, revendication, contre les autres, et tout ce que la société propose à travers ces autres.

-          Les mots d’Antonin, un texte sur la culpabilité.

-          Un bonus à l’usage des prétendants à la publication complète le recueil, il m’a rappelé, à l’inverse, les courriers adressés à Raymond Queneau alors chez Gallimard, que Dominique Charnay a rassemblé dans un ouvrage intitulé « Cher Monsieur Queneau » et sous-titré : « Dans l’antichambre des recalés de l’écriture ».

Toutes les composantes de ce recueils s‘articulent autour de la misanthropie du narrateur, qui n’est pas forcément l’auteur, de son rejet de la société, de tout ce qui a été créé, inventé, décidé, construit, … par l’autre. Un rejet viscéral de la société, du monde tel qu’il est et même s’il était autrement car il serait toujours le fruit des autres qu’il ne tolère pas. Quelques expressions, quelques réflexions, quelques principes ou maximes illustrent bien cette misanthropie :

« Je n’aime pas les gens et je n’ai jamais eu besoin d’eux pour vivre ma vie. »

La rejet de l’autre va jusqu’à la peur de lui ressembler :

« La peur de ressembler un peu

A mes contemporains

Est un monde de terreur… »

La répulsion conduit jusqu’au cynisme :

« Qu’est-ce qu’il peut être merveilleux 

De penser à tous ces gens

Qu’on a la chance

De ne pas connaître »

Jusqu’au rejet de la vie des autres, laissant penser que seule la vie qu’il voudrait mener aurait un sens :

 « Quand je dis votre vie, je suis gentil avec vous car je sais bien que vous n’avez pas de vie. »

Le narrateur connait certainement une autre façon de vivre, d’aimer, de se nourrir, de créer, de s’évader ailleurs, plus loin, plus haut…, alors pourquoi ne pas l’écouter ?

Louise Bottu éditions

 

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