20 novembre 2019 ~ 0 Commentaire

La vie des termites – Maurice Maeterlinck

Passionné d’apiculture, Maurice Maeterlinck a voulu essayer de comprendre comment s’organisent les insectes qui vivent en colonie, sonder les mystères de la ruche, de la termitière et de la fourmilière pour percer les secrets des lois et principes qui régissent la vie des abeilles, des termites et des fourmis. Dès 1901, il a publié un essai sur la vie des abeilles et en 1927, il a publié le second tome de sa trilogie qu’il consacre aux termites. La démarche est un peu différente, il connaissait bien les abeilles et il pratiquait lui-même des expériences. Concernant les termites, il nourrit sa réflexion à la source des études pratiquées par les grands entomologistes spécialisés dans l’étude de leur organisation sociale et de leurs mœurs et en récoltant des témoignages de voyageurs ou d’expatriés ayant séjourné dans des pays où les termites sont implantés.

A l’époque à laquelle Maeterlnck a écrit ce livre, on estimait qu’il existait, sur la planète, entre douze et quinze cents espèces de termites dont on ne connaissait les mœurs que d’approximativement une centaine. Cette multitude d’espèces implique qu’il existe des différences conséquentes entre ces diverses espèces qui ne semblent pas toutes être au même stade de leur évolution. L’auteur a donc principalement concentré son étude sur les espèces les plus connues et les mieux étudiées.

Le termite est un destructeur dévastateur, les colonies sont très peuplées, les individus se comptent par millions, elles peuvent anéantir en un temps record des constructions monumentales, des plantations complètes, des objets divers composés de cellulose ou de matériaux à base de cellulose, …. C’est un véritable fléau qui pourrait prendre d’autres proportions avec le réchauffement de la planète et Maeterlinck avait déjà émis une hypothèse dans ce sens. Et pourtant cet insecte est des plus vulnérables, la fourmi son grand prédateur en vient très facilement à bout. Sa seule défense est de calfeutrer totalement la termitière afin que la fourmi ne trouve aucune faille pour s’introduire dans la termitière. « Il n’est pas être plus déshérité que le termite. Il n’a pas d’armes défensives ou offensives. Son ventre mou crève sous la pression d’un doigt d’enfant ».

La termitière héberge une ou plusieurs reines totalement hypertrophiées ne servant qu’à pondre en continu des millions d’œufs, un ou des rois chétifs, asservis, reclus dans un recoin de la case de la reine qu’il féconde, des adultes ailés qui ne font qu’une apparition éclatante, tragique et éphémère, des ouvriers, estomacs et ventres de la communauté, des soldats handicapés au point de ne pas pouvoir se nourrir seuls, privés de sexe. Il semble que le pouvoir repose dans la collectivités des ouvriers qui ne poursuit qu’un seul objectif : la survie et la perpétuation de l’espèce. Ce système collectiviste poussé à son extrême a permis aux termites, malgré un système social moins élaboré que celui des abeilles, de surmonter tous les énormes chamboulements connus par la planète depuis l’ère primaire où certaines espèces sont déjà attestées.

Les termites sont aveugles et ne supportent pas la lumière, ils ne supportent pas plus les différences de température, ils ont donc appris à construire des tunnels pour se déplacer à l’extérieur et ils savent réguler la température dans la termitière dont la partie souterraine est souvent plus importante que la partie hors du sol. « Dans la sombre république stercoraire, le sacrifice est absolu, l’emmurement total, le contrôle incessant. Tout est noir, opprimé, oppressé. Les années s’y succèdent en d’étroites ténèbres. Tous y sont esclaves et presque tous aveugles ». Le repos n’existe pas dans la termitière, la maladie est immédiatement sanctionnée, toute défaillance est un arrêt de mort. Les termites ne jettent rien, ils mangent leurs déjections et les morts y compris les victimes de leurs sacrifices, ils ont inventé la communauté sans déchets. Au fil des millénaire, ils ont appris à ne se nourrir que de cellulose en faisant prédigérer celle-ci par des protozoaires dont ils mangent les déjections. A l’abri des prédateurs, et malgré leur fragilité, les termites sont autosuffisants et capables supporter des conditions extrêmement difficiles.

A travers l’étude des termites et de leur formidable capacité à traverser les ères géologiques et les époques, l’auteur s’interroge sur l’évolution des espèces qui plus elles approchent de leur idéal, plus leur système social se perfectionne, plus il est efficace, plus la notion de sacrifice semble se développer. La discipline devient plus sévère confinant à une tyrannie de plus en plus intolérante et intolérable. Maeterlinck comme il l’avait déjà fait en étudiant les abeilles, projette l’organisation sociale, les mœurs, le mode de vie des termites dans le genre humain et essaient d’en tirer des enseignements pour l’avenir de l’humanité. Il pousse très loin la réflexion, la conduisant même au-delà de la philosophie aux confins de la science-fiction et du mysticisme. La réflexion est passionnante, elle laisse la place à de nombreuses hypothèses et à l’imagination de chacun…

« Voilà des millions d’années que les termites s’élèvent vers un idéal qu’ils semblent à peu près atteindre. Que se passera-t-il quand ils l’auront entièrement réalisé ? » Une question qui conduit directement à s’interroger sur l’avenir et la fin éventuelle de l’humanité.

Bartillat – Omnia poche

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