30 octobre 2019 ~ 0 Commentaire

Ces trous dans ma vie – Isabelle Fable

Quand elle a écrit ce livre, isabelle Fable était certainement encore dans la période la plus douloureuse de son dernier deuil. Son fils aîné est en effet décédé 9 février 2018 (date estimée) et son livre est paru pour cette rentrée littéraire (août 2019), il lui a fallu le temps de l’écriture, de la relecture, de l’impression et de la diffusion avant qu’il arrive sur mon bureau où il a encore séjourné quelques semaines. On peut donc estimer qu’elle l’a écrit très vite après l’accomplissement de tous les rites et formalités qui accompagnent un décès. Ce dernier décès, c’est le dernier trou en forme de tombe où elle voit descendre un de ces proches, un de ceux qui ont fortement contribué à la construire telle qu’elle a vécu, telle qu’elle est encore.

Son papa foudroyé brutalement, sa maman se décomposant bien trop lentement dans une fin sinistre, son mari victime du crabe sournois et enfin Olivier, son fils aîné, la chair de sa chair, son enfant de malheur qui a vécu une longue désescalade en forme de déchéance de plus en plus inéluctable. Isabelle Fable a construit ce roman autour de ces quatre personnages, principalement autour de leur décès. Une façon de raconter leur vie, une façon de raconter sa vie à elle marquée à travers ces douloureuses disparitions. Mais aussi une façon d’affronter le deuil qu’elle doit construire à la suite du décès de son enfant en racontant le long combat qu’elle a mené avec sa famille pour le tirer du long désespoir et de la terrible déchéance dans laquelle il s’enlisait de plus en plus. Un récit qui résonne comme une justification tant elle culpabilise, se reprochant de n’en avoir pas fait assez alors qu’elle semble n’avoir vécu que pour ce fils en équilibre instable sur le fil de la vie.

Isabelle refuse la fatalité, elle ne peut pas accepter que son fils meure avant elle. Je me souviens avoir étudié un texte de Tibulle, je crois, les latinistes rectifieront si je me suis trompé, qui disait quelque chose comme : « quand les enfants succèdent aux pères » pour évoquer une période où la paix et la sérénité régnaient, où les générations se succédaient sans accrocs. Isabelle ne comprend pas que son fils la précède dans la tombe. « Est-ce par hasard, tout ça ! Ou est-ce écrit quelque part ? Est-ce que celui que nous appelons Dieu croise ainsi nos chemins et lance des ponts entre espace, temps et destinées pour tramer nos vie selon des desseins secrets ? ».

Dans son récit, elle souligne les très nombreuses coïncidences qui ont marqué sa vie et celle des membres de son entourage. Elle ne croit pas au hasard, elle pense qu’une certaine forme de prédestination guide notre existence. Je pourrais ajouter, une coïncidence à la longue liste qu’elle énumère : j’ai lu Fable, Isabelle Fable, juste après Les Fables de La Fontaine illustrées par des maîtres de l’estampe japonaise, Fable après les fables, autre coïncidence ? Nul ne sait ! Alors que la vie ne soit que pur hasard ou le fruit d’une réelle prédestination, il faut continuer à vivre, ne pas se laisser accabler, lutter pour se redresser. « Il faut pouvoir ressusciter de son chagrin ».

Alors dans l’urgence et la douleur, Isabelle a repris la plume interprétant la mort de son fils comme un signal, comme une invitation. « Ta mort magnifique étincelle, qui a fait lever la nouvelle Isabelle. Après la tragique éruption qui a ravagé notre vie, la terre volcanique que je suis devenue, noire mais chaude et fertile, est pleine de toutes les promesses. Je les tiendrai ».

« Ecrire pour évacuer la douleur 

Ecrire pour conjurer la mort.

Ecrire pour continuer à vivre. »

Ecrire ce bouleversant témoignage qui serra plus d’un cœur même si tout un chacun est amené à perdre ses parents un jour ou l’autre et éventuellement son conjoint, moins nombreux seront ceux qui devront affronter le départ d’un enfant. C’est tellement injuste !

M.E.O.

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