02 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

Dressez haut la poutre maîtresse, charpentiers – Jerome David Salinger

Dans ce recueil Buddy, quatrième enfant de la famille Glass, raconte son frère aîné, Seymour, et les faits les plus marquants de sa vie avant qu’il se suicide en 1948. La famille Glass, famille de comédiens retraités d’une troupe qui proposait des spectacles lors de tournées, a été dispersée en 1942 après l’entrée en guerre des Etats-Unis, les plus âgés ont été mobilisés, la plus grande des filles Boo Boo a intégré les « waves », les plus jeunes l’étaient trop pour participer au conflit. Dans la première nouvelle, Buddy raconte le mariage raté de Seymour. Seymour celui dont on parle à longueur de pages et qui n’est jamais là. Le narrateur le décrit physiquement, dans ses moindres gestes, humeurs, actions et réactions, sentiments et émotions. Celui que l’auteur réinvente pour le faire revivre après on suicide.

Dans la première nouvelle Buddy raconte comment, en 1942, alors qu’il était hospitalisé, il était le seul membre de la famille à pouvoir assister au mariage raté de Seymour qui ne s’est pas présenté à l’office semant le trouble parmi les invités. Buddy rapporte les réactions d’une fille d’honneur, de son époux et d’une tante de la mariée en sa présence et celle d’un petit homme sourd et muet en un huis clos dans un taxi. Les deux femmes accablent de leur vindicte rancunière le fiancé défaillant, l’accusant des pires turpitudes à l’encontre de la sainte fille délaissée. A travers ces diatribes, Salinger décrit les travers de la bourgeoisie new-yorkaise obsédée par son image et sa fortune, les risques des mariages entre gens de conditions différentes, et la vision du mariage par les jeunes américains au cours des années quarante.

Dans le second texte du recueil, Buddy évoque son frère devenu célèbre comme tous les autres membres de la famille après avoir participé à un feuilleton radiophonique auquel les parents conviaient régulièrement leurs enfants. Il le décrit avec la plus grande minutie, interpellant régulièrement les lecteurs pour s’assurer qu’ils le suivent bien. Il avoue son admiration sans borne pour ce frère qui était toujours plus que lui, qui avait toujours plus que lui, qui savait toujours plus que lui. Un frère qui avait tous les défauts de ses immenses qualités, un frère hypersensible qui aurait pu être Holden de l’Attrape-cœur. « Des gens – … – m’ont demandé si le jeune héros de l’unique roman que j’ai publié jusqu’ici n’était pas un portrait tout craché de Seymour ». Un frère qui était surtout un bien meilleur poète que lui, le professeur de littérature, et qui était un véritable prophète. « Le vrai peintre et le vrai poète ne sont-ils pas des prophètes ? »

Ce texte est aussi une évocation de l’acte d’écrire, Salinger s’interroge, interroge les lecteurs, propose, suggère, affirme ce qui pourrait sous-tendre l’art littéraire, notamment le poésie, l’art de traduire des idées, des images, des sentiments, des faits, …., par des mots qui sonnent comme une musique. L’art que Seymour maitrisait comme lui, avec son texte chirurgical, maitrise l’art de transmettre son hypersensibilité à ses lecteurs. Seymour, le personnage qu’on ne connait qu’en creux, pourrait être Buddy lui-même confiant ses angoisses et ses émotions, Holden Caufield quelques années après ses trois jours de divagation new-yorkaise ou peut-être encore Salinger lui-même face à ses anxiétés et à sa feuille blanche.

Robert Laffont – Pavillons poche

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