04 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

La disparition de Josef Mengele – Olivier Guez

Olivier Guez a eu le courage et le talent de s’attaquer à l’un des plus grands mythes du XX° siècle la fuite et la cavale du tristement célèbre docteur d’Auschwitz : Josef Mengele, entretenue par une abondante littérature tant journalistique que livresque. Quand j’étais encore à la communale (1960 – 1961), l’instituteur me laissait lire une revue d’histoire et de géographie qui déjà publiait des articles sur les abominables expériences de cet ignoble bourreau et sur sa disparition mystérieuse en Amérique du sud vraisemblablement. De nombreux auteurs dont notamment Simon Wiesenthal, ont contribué à fabriquer cette légende qui est vite devenue mythologique tant le triste héros semblait filer avec une grande aisance entre les mailles de tous les filets lancés sur sa personne. Et la mythologie a vécu de longues années après sa mort.

J’ai lu de nombreux textes sur ce sinistre personnage et, à travers le roman de Guez, je ne croyais pas découvrir beaucoup de choses nouvelles et pourtant la réalité qu’il révèle et un peu différente de tout ce que la légende a pu véhiculer. La légende du grand dignitaire nazi régnant sur une armée de sbires à sa botte, protégés par tous les pouvoir en exercice au sud de l’Amérique du sud, prêt à repartir en guerre à la première opportunité, en prend un coup. Il faut cependant noter qu’Olivier Guez précise bien que son livre est un roman, qu’il a eu besoin de la fiction pour relier certains faits dûment avérés mais globalement son texte est fortement étayé, les dates et les lieux sont toujours précis et attestés. Rien ne semble contestable dans son propos. Ce livre est donc un document de première importance pour étudier la cavale de Mengele à partir de son arrivée en Argentine. « Ce 22 juin 1949, Helmut Gregor (premier pseudonyme utilisé par Mengele lors de sa cavale latino-américaine) a gagné le sanctuaire argentin », ce qu’il a vécu avant n’est pas décrit seulement esquissé.

Il eut d’abord les années roses, avec Perón les nazis étaient accueillis à bras ouverts en Argentine où ils se retrouvaient au sein d‘entreprises, d’amicales, de confréries, de sociétés culturelles, de maisons d’édition… L’instabilité politique en condamna beaucoup à prendre la direction du Paraguay où Stroessner régnait en maître et les protégeaient tout en utilisant leurs compétences pour asseoir son pouvoir dictatorial. Puis, pour Mengele, la fatwa tomba vite, il devint rapidement le criminel nazi le plus recherché après Eichmann, la fuite devint alors plus compliquée, il fallait composer avec de nombreux complices pas toujours très fiables, quitter les rangs de la belle société pour se fondre dans une populace de plus de plus miséreuse.

Ce qui étonne peut-être le plus dans le texte de Guez, c’est le rôle joué par la famille Mengele dans la cavale de son héritier, certains l’ont protégé, l’entreprise l’a toujours payé, personne ne l’a dénoncé alors que tous savaient. Les complicités étaient nombreuses en Allemagne. Mais le fuyard a aussi bénéficié des aléas des intérêts géopolitiques et des préoccupations des états qui pouvaient le rechercher et du peu d’empressement de ceux qui ne voulaient pas rouvrir des dossiers trop brûlants aux risques d’ouvrir une boîte de Pandore bien nauséabonde.

Tout en restant à la lisière du récit, Olivier Guez a su maintenir l’attention du lecteur sans jamais sombrer dans la sordidité racoleuse mais en ne l’éludant pas pour autant. Son texte est très documenté, très crédible, certainement toujours très proche de la réalité. Il n’hésite pas à détruire le mythe du héros machiavélique imprenable et à écorner la légende tressée par ses devanciers. Nous retiendrons que la diaspora nazie était très puissante, qu’elle a bénéficié de nombreux soutiens, que ceux qui ont connu et commis les horreurs de cette ignoble guerre sont presque tous décédés mais la doctrine fondée sur la prédominance d’une race supérieure n’est pas morte et d’autres rêvent aujourd’hui encore de la remettre en pratique.

Grasset

2.5.0.0

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