15 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

Une pesée de ciels – Anna Jouy

Avant d’ouvrir ce recueil, j’ai apprécié d’abord le travail de l’éditeur et de l’imprimeur qui ont réalisé un livre de grande qualité, imprimé sur un papier de luxe. Je suis très heureux d’avoir un exemplaire numéroté de cet ouvrage édité en quantité limitée. Son titre m’a intrigué, j’ai voulu ressentir le poids des ciels qu’Anna Jouy a pesés, alors j’ai glissé ce recueil dans mon sac à dos avant de prendre l’avion pour visiter le pays des Scots. Et, c’est là-bas, loin dans les confins occidentaux de l’Europe, sur l’île de Skye, dans un jour qui ne voulait pas mourir, dans un jour qui ne voulait pas laisser la place à la nuit, que je ne voulais pas succomber au sommeil, que j’attendais la nuit gardienne de mes rêves, que j’ai lu le recueil d’Anna. Je l’ai lu, je l’ai bu, je l’ai dévoré, je l’ai dégusté, je l’ai avalé avant que la nuit ne m’avale à son tour.

Anna Jouy écrit des textes courts, de la poésie en prose, pour raconter les petites choses de la vie, sa façon de commencer sa journée, de se mettre au travail.

« Sortir de la nuit comme un objet, un bruit.

Sortir avec la porte.

Un tuyau aspire l’eau, le chauffage s’ébroue, mes pas nus écrasent les tommettes. Même mes cils résonnent dans ma tête comme un balai sur les trottoirs. Le matin monte.

Bientôt, il faudra faire un bruit d’adulte… »

Elle raconte aussi ses rapports avec le monde qui l’entoure,

« J’étais un feu qu’on retirait du monde, un feu en exil dans un briquet aux essences fertiles. J’étais une murène accrochée au sexe de l’océan… »

Avec le monde qui fait trop de bruit.

« Faux silence. L’air fait un bruit terrible, d’une source qui ne cesse de marmonner. C’est l’arrière-salle de ma tête emplie d’orgues secrètes… »

« Le silence est un patrimoine de l’humanité.

Se taisent les cailloux, les purs et les fœtus.

Se taisent les anciens. »

Elle évoque aussi sa vie au centre de la nature que les hommes négligent tellement, la nature refuge qu’il faut protéger.

« Il est nécessaire alors de tourner la manivelle, remonter l’obscurité à la force : parler aux arbres, à l’herbe, au pays doucement et apprivoiser les choses éteintes. »

La nature à qui elle rendra son dernier souffle.

« Le vent s’en va loin, rien ne l’arrête et le dernier cri, qu’il soit d’amour s’il fuit dans un coin de cet univers. »

Anna Jouy n’écrit pas seulement de la poésie, avec ses mots qu’elle combine avec adresse, finesse et subtilité, elle dessine des tableaux, elle compose des musiques envoûtantes, elle suggère des mondes autres, et comme dans la musique actuelle elle délivre des intentions. C’est un monde actuel, son monde à elle, qu’elle dit avec son langage à elle, un langage nouveau, un langage musical, un langage qui nous emporte sur les ailes de sa beauté artistique qui détourne de la banalité habituelle. De la poésie qu’elle écrira à en mourir, c’est le pacte qu’elle a fait.

« Je vous quitterai en douleurs, c’est le pacte que l’on fait en aimant

On se donne la mort pour le prix de l’amour. »

Editions Alcyone

2.5.0.0

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