11 juin 2018 ~ 0 Commentaire

Les bornes du temps-La révolte expulsée – Martine Bores

« Dans un coup de tonnerre

Au cœur de la forêt

Un mal fourbe et secret

Me terrassa les nerfs »

Comme le confie cet incipit, Martine est affectées d’une maladie invalidante, elle dépeint dans une courte introduction le brutal changement qui a affecté sa vie. « Tout commence avec l’irruption brutale d’une maladie fourbe et intraitable. Progressivement, le mal gagne du terrain. Le corps résiste comme il peut, mais le mal est puissant. C’est là que l’esprit met la main à la pâte en malaxant les mots qui nourriront son moral… » Elle ne s’est pas écroulée, elle a choisi de lutter contre son mal avec ses meilleures armes : les mots.

« Ne pas baisser les bras, inventer des projets

Alimenter l’esprit, ne pas laisser figer

Un rêve d’avenir un espoir intangible

D’enfin réconcilier impossible et possible. »

 Et les mots pour Martine, c’est la poésie qu’elle écrit avec une réelle virtuosité, Elle n’a rien appris de cet art, elle a les mots et l’art de les accommoder en elle. Elle m’a confié : « Au début, mes écrits m’ont juste permis de survivre. Ensuite, j’ai ressenti le besoin d’exprimer tout ce qui me touchait. Je ne sais pas écrire, Ce sont justes des instantanés, des touches d’émotion plaquées par mon cœur. » Ces quelques mots très émouvants montrent sa très grande sensibilité et sa volonté de ne traduire que des émotions, des instantanés, des images, des sensations qui affectent son quotidiens ou l’avenir qu’elle essaie de concevoir.

Au début, c’est à la compassion que j’ai cédé, comment accepter cette maladie qui enferme ceux qui en sont affectés, dans un piège infernal ?

« Comme un chat qui s’amuse avec une souris

En retardant le temps de sa fin salutaire

Certaines maladies condamnent à la vie

Ceux qui doivent payer leur lourd tribut sur terre. »

Et puis vient l’admiration devant le courage de cette femme qui refuse de baisser les bras et lutte avec ce qu’elle a de meilleur en elle, en l’occurrence les mots qu’elle aligne dans des vers de belle qualité, des vers qui sonnent jusqu’au fond des cœurs et des tripes. Mais il ne faut pas réduire ce recueil à une lutte contre la maladie même si ce combat est fort émouvant et que je compatis avec Martine dans cette lutte de tous les instants, c’est aussi une œuvre d’art, une œuvre littéraire qu’il faut considérer comme telle. Martine est une poète comme les autres, elle a son style, son vocabulaire, ses muses, sa façon d’exprimer ses émotions.

« J’aurais tant voulu dépasser

Le temps compté de cette vie

Déchirer mon cœur pour laisser

Une œuvre d‘art qui lui survit. »

Et au-delà de la littérature, Martine à une vie, elle sort de la cage de sa maladie pour jeter un regard sur le monde, s’apitoyant sur ceux qui souffrent comme elle, plus qu’elle, et surtout sur ceux qui sont victimes des terribles injustices de ce monde

« Ce que d’autres enfants étalent crânement,

Ou quand ils font la queue simplement pour manger

Ravalant leur honneur dans leur isolement,

Je sais que je n‘envie pas leur espoir gagé. »

Même si la lutte contre le mal est un combat de chaque minute, Martine conserve un regard sur le futur et la façon de l’affronter.

« Avec ces mots gentils offerts comme des fleurs

Nous présumons que pour nous qui voyons encore,

L’avenir mentira à l’ombre de nos cœurs

Pour nous faire accepter l’image de nos corps. »

L’avenir de ses mots la préoccupe autant que le sien, elle craint qu’ils ne lui survivent pas et qu’ils disparaissent dans la poussière du temps dispersée par le vent de l’oubli.

« Assurément promis aux flammes de l’enfer

Ils n’auront soufflé que le temps qui m’est compté

Comme l’air frais de la forêt de conifères

Si reposante dans la chaleur de l’été. »

Martine a écrit d’autres recueils que je vais lire lentement pour bien les déguster et ne rien laisser échapper de ce qu’elle veut nous transmettre, suivant scrupuleusement son conseil : « Ce qui compte ce n’est pas la finalité mais le chemin, et certains sont plus ardus que d’autres. » J’espère que le chemin de ses vers ne s’arrêtera pas au fond d’un tiroir, que certains auront, comme moi, l’envie de les partager.

Inédit

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