05 mai 2018 ~ 0 Commentaire

Pensées b’anales et idées courbes – Dominique Saint-Dizier

Attention les pensées b’anales ne sont pas forcément banales, l’auteur tient à le préciser lui-même dans un incipit tout à fait explicite : « Un faux-cul n’a que des pensées b’anales », nous pouvons donc en déduire que les pensées b’anales ne sont que des pensées de faux-culs ou assimilés. Mais ce recueil ne contient pas que de telles pensées, il comporte aussi des idées courbes que l’auteur laisse définir par Léo Ferré, l’immense poète : « Les hommes qui pensent en rond ont des idées courbes ». Voilà qui est clair. Cependant, on peut aussi trouver dans ce recueil des pensées courbes émises par des faux-culs qui pensent en rond. Donc, il appartient au lecteur de rester très vigilant pour savoir à quelle famille appartient chacun des aphorismes de l’auteur.

Ces puériles questions de classification étant résolues, il faut se consacrer à l’essentiel, à ce que l’auteur a écrit et donc à ce que l’éditeur a publié. Et ce qui importe avant tout pour l’auteur c’est l’humour, il l’affirme à haute voix, se référant à Alphonse Allais, : « Je ne plaisante jamais avec l’humour ! ». J’ai déjà lu un recueil de Dominique Saint-Dizier, « Indocile heureux » et j’avais, à cette occasion, remarqué qu’il est un auteur plasticien qui utilise les mots là où la matière ne lui permet pas de s’exprimer. Comme il le dit lui-même : « En manque d’inspiration, je survis en mangeant mes mots. » Il est tellement goulu que « Très impatient, il (m’) arrive que je déverse plus de mots dans mes phrases qu’elles ne peuvent en contenir. »

L’humour, il le traque au fond des choses le plus anodines là où se nichent l’incongruité, le paradoxe, l’insolite, le quiproquo, tout ce qui peut faire rire, comme ces petits traits d’humour désopilants : « Selon moi les nudistes seraient les descendants en ligne directe des sans -culottes. » « Il y a des hauts-de forme et des bas à varice ! Ainsi va la vie ! » « Manque de peau ! se plaint amèrement l’écorché vif. »

Mais on sent aussi, sous cet humour bon enfant, destiné à diffuser un peu de bonne humeur, plus de gravité, comme si l’âge avançant (je sais de quoi je parle l’auteur doit avoir un âge proche du mien), l’auteur évoque son vécu en proposant des aphorismes faisant références à des événements de son passé et même au-delà comme par exemple quand il invente des messages désopilants qui peuvent rappeler ceux émis par Radio Londres pendant la dernière guerre (en théorie seulement), comme celui-ci : « La femme de manège fait tourner la tête du patron. Je répète. La femme de manège fait tourner la tête du patron. » Quelques traits contiennent même plus que de l’humour : « Si les enfants qui naissent aujourd’hui n’ont pas d’avenir, il vaudrait mieux qu’ils naissent plus tard. » Et celui-ci cache mal une réelle fatalité : « Même les pompes à vélo rendent leur dernier souffle. »

Mais avant de sombrer dans les rets du grand âge, il veut profiter de la vie avec humour toujours et rêver encore à des petits bonheurs comme cette lueur de désir : « Il assiste ému et transi à l’éclosion des boutons de son corsage. », supporter encore les tracas administratifs et réglementaires : « Musicien brillant, il est capable de commencer à souffler un air de fête dans un alcootest et de le terminer au violon. » et la fourberie de ses contemporains : « Comme la plupart de mes semblables, j’ai de bons ennemis et de moins bons amis. » Mais toujours avec humour ! Bien sûr !

 

Cactus inébranlable

2.5.0.0

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