21 avril 2018 ~ 0 Commentaire

Clonck et ses dysfonctionnements – Pierre Barrault

En lisant le titre, » Clonck » a immédiatement fait « clic » dans ma mémoire pas si usagée que je le croyais. Clonck et sa place Monk m’ont évoqué un monde qui serait issu du travail de photomontage absurde des célèbres éditeurs chaux-de-fonniers : Plonk et Replonk qui ont connu un beau succès en détournant des vieilles cartes postales de leur vocation initiale. En lisant les descriptions de Pierre Barrault, j’ai eu l’impression qu’il connaissait ce collectif d’éditeurs surréalistes et qu’il s’inspirait de leur travail pour construire son récit. J’aurais aimé voir Plonk et Replonk attablés à la terrasse de la place Monk à Clonck !

Mais la mission hautement confidentielle et particulièrement délicate imaginée par un service très mystérieux, est confiée à Podostrog et Aughrim. Ils doivent retrouver Perstorp pour une raison qui doit être bonne, et même très bonne, tant elle semble hermétique et sibylline. Les deux compères arrivent donc à Clonck et en explorent toutes les rues, les coins et les recoins, pénétrant partout où ils le peuvent, en pure perte de temps. Ils ne rencontrent que bizarreries, absurdités, anomalies, incongruités, … toutes sortes de choses qui n’existeraient pas dans un monde comme celui que nous connaissons. La liste des oiseaux rencontrés dans le parc suffit à s’en convaincre : « Le parc de Clonck est le plus grand site de reproduction des perches des sables à tête noire, contre-furets suintants, patorins hurleurs, fourmis géantes, chevreuils-ou-phacochères phosphorescents, condylures mouchetés, phrynosomes à plumes, oryctéropes nains et moineaux troglodytes à mains jaunes… »

Même si l’allusion à Plonk et Replonk, à notre fromage national : « Podostrog pense qu’il est question de cancoillotte » et à la gentilité des habitants de notre département à travers le nom d’un personnage : « Doubiste » même si maintenant nous sommes des Doubiens, m’a fait penser que l’auteur connait au moins un peu le Jura franco-suisse, son livre évoque, pour moi, plutôt Beckett. En effet, je me souviens avoir lu, il y a déjà un bon nombre d’années, « Mercier et Camier », un voyage immobile, sans but, inutile comme l’est cette recherche d’un personnage qui n’existe peut-être même pas. Pierre Barrault, un peu à la manière de Beckett, décrit un monde où la vie de l’homme n’est qu’une erreur, un malentendu, qui ne mène nulle part, qui ramène toujours au même point. L’homme se cantonne dans un monde immobile qu’il n’évalue qu’à l’aune de ce qu’il voit sans se soucier que ces apparences peuvent cacher un autre monde, un autre monde qu’il ne montrera pas au lecteur le laissant s’interroger lui-même sur ces apparences et ce qu’elles pourraient cacher. « Podostrog développe à présent deux ou trois points essentiels au sujet du continuum espace-temps », mais l’auteur ne développe pas cette intéressante question laissant encore une fois le lecteur face à l’éternelle question de sa place dans l’univers.

Ce texte est aussi une interrogation sur la vérité qui peut être résumée dans ce petit dialogue entre les deux compères :

« - Cependant ce n’est pas la vérité.

-          Que veux-tu dire ?

-          Que ce n’est qu’une opinion. La mienne, si j’ose dire.

-          Elle vaut ce qu’elle vaut.

-          Autant dire pas grand-chose. Ce que je pense, au fond, n’a pas beaucoup d’importance… »

Et surtout ne pas oublier de s’attarder sur les remarquables dessins de Claire Morel.

Louise Bottu

2.5.0.0

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