01 février 2018 ~ 0 Commentaire

Siddhartha – Hermann Hesse

Siddhartha est un monument de la littérature mondiale, il a fait l’objet de multiples interprétations dont certaines sont très brillantes, je ne vais donc pas essayer d’expliquer ce qu’il y a dans ce texte d’une grande puissance intellectuelle et d’une belle qualité littéraire. Je me contenterai de dire la lecture que j’en ai faite et comment je rattache ce texte évoquant la période qui a vu naître le bouddhisme, à celle qui a vu Hesse l’écrire. Ce que j’ai vu de prime abord, c’est ce que chacun dit de ce texte, son intention initiatique, la volonté de l’auteur de montrer un chemin. Mais paradoxalement Siddhartha qui porte le même non que celui qui deviendra le Bouddha, suit un autre chemin, une autre voie, il ne marche pas avec les adeptes de Bouddha, il prend une voie contraire. Ce livre c’est tout d’abord une leçon de rupture, des ruptures avec ce qui existe pour aller ailleurs mais pas n’importe où.

Fils d’un brahmane Siddhartha est vite saturé par tout ce que son père lui a enseigné et dont il ne tire pas une satisfaction suffisante pour répondre aux questions qu’il se pose. « … l’esprit n’était pas satisfait, l’âme n’était pas sereine et le cœur n’était point tranquille ». Il rompt donc avec son père et par la même occasion avec la religion brahmanique, il part avec son ami à la recherche de la vérité, de la sérénité, de la sagesse. On pourrait donc en conclure qu’il faut, à un instant de la vie remettre en cause les influences familiales qu’elles soient affectives,  sociales ou religieuses. « …j’ai fini par me méfier et me lasser des doctrines et de tout ce qui s’apprend, et que ma foi en les paroles des maîtres qui parviennent jusqu’à nous est bien faible ». La vérité transmise est toujours celle des autres, elle peut-être pervertie. En 1922, Hermann Hesse comprend que les diverses doctrines qui s’affrontent déjà depuis quelques décennies ne peuvent conduire qu’à un chaos général.

Il revient vers une pensée rousseauiste, vers une sorte de panthéisme laïque qui chercherait la vérité au fond des êtres en dehors de toute doctrine frelatée par essence même. « Il n’y a qu’un savoir, ô mon ami, et qui est partout, c’est l’Atman, qui est en moi, en toi, et dans chaque être. Et voilà pourquoi je commence à croire qu’il n’est pas de plus grand ennemi du vrai savoir que de vouloir savoir à tout prix, d’apprendre ». Ainsi Siddhartha refuse de suivre le chemin tracé par son homonyme qui deviendra Bouddha, pour suivre sa propre route, trouver sa propre vérité. Hesse invite les citoyens de son époque à suivre, comme Siddhartha,  leur propre réflexion sans écouter les doctrines rouge, brune, noire ou aux multiples couleurs des nations. « Chacun peut-être magicien et atteindre son but, s’il sait réfléchir, s’il sait attendre, s’il sait jeûner ».

Après avoir rompu avec sa famille, sa religion, son ami, Siddhartha rompt avec lui-même, avec ses penchants pour les divers plaisirs qu’il a appris à goûter avec excès, et même avec son  fils qu’il doit laisser découvrir son propre chemin, pour se réfugier dans la nature et le dénuement avec la rivière pour seule compagnie. Cette attitude rappelle certainement la vie de Hesse en rupture avec sa famille, avec toutes les institutions qu’il a fréquentées depuis l’école, avec toutes les doctrines et toutes les religions pour se réfugier dans la campagne suisse, dans la solitude avec sa liberté de penser, vivant dans le seul temps réel : le présent. « Tu veux dire sans doute que le fleuve est partout simultanément : à sa source et à son embouchure, à la cataracte, au bac, au rapide, dans la mer, à la montagne : partout en même temps et qu’il n’y a pas pour lui la moindre parcelle de passé ou la plus petite idée d’avenir, mais seulement le présent ? »

Ce traité philosophique invitant à rechercher la vérité au fond de soi par la méditation et non pas par la connaissance acquise qui n’est que le fruit maturé et transmis par d’autres, rappelle le fameux « connais-toi toi-même » inscrit au fronton du temple d’Apollon à Delphes. Hermann Hesse semble s’inspirer de cette maxime philosophique pour tricoter son  récit à la manière de ceux composant « Les aventures des quatre derviches » qu’il a certainement lus, comme bien d‘autres textes indiens anciens, lors de son séjour dans ces contrées. Il a seulement ajouté une goutte de romantisme, très en vogue à cette époque dans la Mitteleuropa, pour obtenir ce conte philosophique évoquant sa vie et annonçant les horreurs à venir. L’évocation du « moi » se trouve à Delphes comme dans les réflexions de Siddhartha, comme dans le romantisme pangermanique du XIX° siècle. La Sagesse est atemporelle, elle est, ne se communique pas, ne s’apprend pas, elle se découvre, Hesse invite ses contemporains à la chercher mais, à leur grand dam, ils ne l’ont pas écouté.

« Le Savoir peut se communiquer, mais pas la Sagesse. On peut la trouver, on peut en vivre, on peut s’en faire un sentier, on peut, grâce à elle, opérer des miracles, mais quant à la dire et à l’enseigner, non, cela ne se peut pas. »

 

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