18 décembre 2017 ~ 0 Commentaire

Bocal Paradis – Claude Donnay

Claude Donnay, je le connaissais un peu à travers les excellents recueils qu’il publie dans sa petite maison d’édition, Bleu d’encre, au catalogue si brillant, pour ce que j’en ai lu du moins. Aujourd’hui, je découvre l’écrivain en lisant ce « bookleg » qu’il a publié chez Maelström dans la collection Bruxelles se conte, une collection que je connais depuis que j’ai eu l’occasion de lire l’excellent opus écrit par Virginie Holaind, « La nostalgie du carillon ».

Dans ce texte métaphorique, fantastique, poétique, Claude Donnay raconte à sa façon le paradis que serait Bruxelles, un paradis un peu à l’image de celui de la Bible avec : son maître suprême, la Voix, son Adam, le narrateur, son Eve, Mona Lisa sa petite amie et l’incontournable serpent. Il y aussi quelques autres personnages, notamment l’araignée Adélaïde, qui tantôt, aiguillonnent, tancent, stimulent, rassurent, conseillent, …, le narrateur étouffant dans ce paradis clos comme un bocal bien fermé.

Ce Bocal Paradis, c’est une métaphore, une image, pour évoquer Bruxelles la ville qui attire toutes les campagnes alentours, les touristes du monde entier et toutes les communautés de l’Europe bien mal unie, concentrant une vaste population cosmopolite autour de sa place centrale. Le narrateur se sent perdu dans cette foule qui s’agite dans ce vase clos, il s’interroge sur sa nature même : « Qui suis-je, moi qui erre dans ce Bocal que d’aucuns nomment Bruxelles, moi, pierre entre les pierres ? »

Le narrateur se trouve devant un choix cornélien : rester dans ce paradis, on ne quitte pas le paradis – « Dis-toi qu’on ne quitte pas le  paradis, puisque le paradis est l’aboutissement de tout. Et Bruxelles Bocal est le paradis. » – ou le fuir pour trouver la liberté, son identité et sa vraie personnalité. Son amie l’araignée a bien compris qu’il n’est pas capable de faire ce choix même s’il affirme « Je ne suis pas fou, non pas fou. Je sais que je  vis dans un bocal et qu’il appartient à moi seul de le quitter ou d’y rester ad vitam aeternam. »

On pourrait dire que le narrateur énonce le syndrome de Bruxelles, la ville qui attire les populations et les retient même si elles étouffent dans cette ville en ébullition perpétuelle. Adélaïde a tout compris et elle l’énonce dans ce propos qui pourrait servir de fond à ce texte : « Comment sortir ? s’esclaffe Adélaïde, mais vous n’avez pas l’intention de sortir, ce n’est qu’un rêve. Vous vous gargarisez de ce besoin de liberté et d’aventure, mais vous obéirez toujours à la loi de la Voix. Vous aimez trop vos chaînes pour arriver à les rompre. Et ces vitres dont vous parlez sans arrêt, vaudrait mieux penser à les briser. »

J’ai bien aimé cette métaphore de Bruxelles que je visite au moins une fois par an depuis dix ans maintenant. J’aime son animation, sa vie culturelle, la chaleur des Bruxellois, la bière qui coule aux nombreux comptoirs et désormais quand je passerai Place de la Bourse, je penserai à cette petite pierre qui roule d’un bord à l’autre de la place sans jamais oser  franchir le ruisseau qui la conduirait vers le vaste monde..Je n’oublierai pas non plus que Claude Donnay est aussi un très bon auteur, que sa prose est très belle, fluide, souvent très poétique et que son esprit est très fin.

 

2.5.0.0
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