21 août 2017 ~ 0 Commentaire

« Qu’est-ce qu’il s’agit là-dedans ? » – Anne Queinnec

Nico quand tu déclares : « Le français, c’est l’âme de la France, c’est son esprit, c’est sa culture, c’est sa pensée, c’est sa liberté…. », ça me suffit déjà pour que j’aie presque envie de voter pour toi. Mais, hélas ! Mille fois hélas ! Tes meilleures intentions partent en cacahuètes aussi vite qu’elles ont fleuri. Dans un autre propos, tu n’hésites pas à asséner cette petite merveille qui a congelé mes bonnes dispositions : « Je veux qu’à l’école on apprenne les enfants à parler français et non pas la langue de leurs parents. » C’est toujours comme ça, on promet, on s’applique et puis une fois au pied du mur on fait n’importe quoi.

Anne Queinnec, s’est amusé, je pense qu’elle a dû vachement se bidonner, à recenser quelques unes des perles de nos deux derniers présidents, des esthètes du langage massacré, des acrobates de la syntaxe, des créateurs inépuisables en matière de mots nouveaux et abscons. Juste deux petits exemples pour vous donner une idée de qu’elle a trouvé dans les propos de nos deux champions.

Nicolas Sarkozy : « Les socialistes ont cru qu’en enlevant le travail des quinquagénaires on allait donner du travail aux trentagénaires. »

François Hollande : « Je pense que le sujet, il est par rapport aux Français : qu’est-ce qui fait que nous sommes, en France, même si nous habitons des territoires différents, liés par quelque chose qui nous dépasse ? »

Dans la phrase de Hollande il y a du boulot pour les quinquagénaires et pour les vingtagénaires et même pour les autres si on espère que tout le monde la comprenne un jour.

On peut toujours penser que ces braves gens ne sont pas des surhommes, qu’ils ont un boulot fou, des conditions de travail déplorables et des horaires impossibles mais on sait bien tout de même qu’ils sont entourés d’une palanquée de ministres et secrétaires d’Etat et d’une quantité d’autres palanquées de conseillers en tout genre formés par une école hyperspécialisée où enseignent les meilleurs maîtres. Eh bien toutes ces élites sont elles aussi des virtuoses du langage digne de celui qu’on parle dans mon quartier qu’on dit chaud. Dans mon quartier on peut au moins se targuer de parler une quantité phénoménale de langues étrangères en plus de tous les langages inventés par les jeunes.

J’ai picoré quelques exemples dans le petit recueil d’Anne Queinnec, je ne sais même plus s’il faut rire ou pleurer, finalement j’ai ri mais un peu jaune.

Bernard Laporte : « Je voulais voir les Antilles de vive voix » et pourtant lui il sort de la grande école du rugby, il na pas l’excuse d’avoir été déformé par l’autre, celle des spécialistes.

Jean Luc Mélenchon : « Je suis plus nombreux que jamais. » Et dire que nous avons fréquenté la même université ! Jean Luc, tu pousses un peu trop le bouchon.

Christian Estrosi : « Comme je m’y étais engagé, ds le cadre de requalification de la Promenade des Anglais, la Ville de Nice a acquéri Villa Luna. » Motard, moto mais surtout mots de travers.

Jean Pierre Raffarin : « Il est curieux de constater en France que les veuves vivent plus longtemps que leur mari. » Jean Pierre, je l’adore, nous sommes de la même classe, c’est un esthète, un grand champion en la matière.

Nathalie Kosciusko-Morizet : « Je m’en fous d’être minoritaire. [….] Je suis en mode greffage de couilles. » Si même les femmes se mettent à dire n’importe quoi…

Alain Juppé : « Eh oui, il faut presque un siècle pour faire un arbre centenaire ! » Le meilleur des nôtres qu’il disait et bien ce n’était pas du pipeau.

Nadine Morano : « Plus on va vite et moins c’est loin. » Albert au secours, explique-nous !

Dominique de Villepin : « Le pétrole est une source d’énergie inépuisable qui va se faire de plus en plus rare. » C’est comme la connerie inépuisable mais elle ne se fait, hélas, pas de plus en plus rare.

Merci Anne de nous avoir offert ce florilège, « une anthologie férocement drôle de notre belle langue française massacrée par les politiques » (Quatrième de couverture). On en connaissait des petites parties mais on ignorait que les dégâts étaient aussi importants. Et, je vous ai épargné le plus dur, le plus ardu, le plus inepte, le plus abscons : la « novlangue » utilisée par ceux qui sortent de la grande école pour rédiger les textes officiels. Je n’ai pas voulu vous imposer ce charabia inaccessible à tous même aux auteurs des textes eux-mêmes, ce n’est qu’un gargarisme à n’utiliser qu’avec modération.

On a changé les acteurs mais on n’a pas changé les dialoguistes, je sui sûr qu’Anne pourrait écrire une suite dès l’année prochaine. Courage, les nouveaux, ne lâchez pas le morceau, on compte sur vous.

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez-vous poster un commentaire.

Les pense-bêtes du poete |
Au pays de Laryngale |
Nouvelleshorrifiques |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Taqbaylitiw
| Debauchesetperversions
| No woman's land