28 mai 2017 ~ 0 Commentaire

Tout un été sans facebook – Romain Puértolas

Agatha Crispies – pas comme la célèbre romancière anglaise, non, comme les céréales servies au petit déjeuner – s’est tellement emmêlée les crayons dans l’affaire des stylos bleus à New-York New-York qu’elle est mutée,  après un tour de passe passe administratif, à New-York Colorado. Le pire trou des Etats-Unis, un bled où il ne se passe jamais rien, où les citoyens occupent leur temps à tourner autour des innombrables ronds-points destinés à égarer les étrangers. Elle est « affectée à un commissariat dans lequel on s’ennuie tellement que les effectifs lisent, jouent aux fléchettes, au sudoku ou encore tricotent ». Elle veut quitter ce trou le plus vite possible pour retrouver son poste, avec éventuellement une promotion, dans la mégapole de la côte est. Il lui faudrait une belle grosse affaire qu’elle résoudrait brillamment pour reconquérir la confiance de sa hiérarchie.

Comme il ne se passe jamais rien  sur son territoire, elle empiète sur celui de son voisin, elle le persuade que le crime qu’il vient de  découvrir appartient à sa juridiction pour pouvoir mener elle-même l’enquête. Le shérif cède et Agatha se saisit de l’affaire qui prend vite une belle ampleur avec deux autres meurtres, de quoi constituer une belle énigme à résoudre et conquérir une belle promotion pour un tellement désiré retour au bercail. Agatha se plonge alors dans une enquête rocambolesque dans laquelle l’auteur parodie tous les poncifs rencontrés habituellement dans les films et surtout dans les séries policières américaines dont il dénonce les incohérences, les invraisemblances et la sous-culture en mettant dans la bouche de la policière des citations et les noms des plus grands auteurs classiques qu’elle est évidemment la seule à connaître.

Dans ce polar loufoque, déjanté, amoral, Romain Puértolas dresse un tableau désopilant mais tout de même un peu désolant de l’Amérique profonde, l’Amérique des ploucs dont Jean Yanne a narré la fantasia dans un célèbre film. Il dénonce la malbouffe généralisée, Agatha grosse et grasse se gave toute la journée de « donuts » au chocolat ; le racisme endémique affectant encore cette partie de la population, Agatha est, avec son chef, la seule noire du coin ; l’absence totale d’humanité, tous les moyens sont bons pour atteindre son objectif et Agatha n’est pas très encombrée par sa bonne conscience. L’auteur préfère en rire mais j’ai eu franchement le sentiment qu’il n’appréciait pas beaucoup cette Amérique acculturée asservie par la déesse consommation.

Il reste le polar qui fera, sur le bord de la piscine, une belle lecture d’été en dégustant des … « donuts » … au chocolat.

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