01 mai 2017 ~ 0 Commentaire

Visions de Kerouac – Yves Budin

« Tandis que les vagues incessantes de misérables créatures immigrants galériens du Sud et de l’Est de l’Europe affluent se brisent et clapotent goémons pathétiques aux portes de l’île… », non, non il s’agit nullement des rivages de Lampedusa, il s’agit d’une histoire beaucoup plus ancienne, depuis la nuit des temps des peuples entiers ont souvent dû quitter leur terre pour chercher refuge ailleurs et ainsi, vers 1900, les Canadiens français ont fait route vers le sud pour s’établir en Nouvelle-Angleterre,  sur l’île « … des larmes dans l’antichambre du Rêve à Ellis Island. »

Ce flot de travailleurs plus ou moins clandestins, « main d’œuvre bon marché Ce sont les Canayens Les Canadiens français péjorativement surnommés « Canucks » Nègres blancs, Français imbéciles ». Parmi eux, marchent les Kerouack, ils déposent leurs valises à Lowell Massachussetts, première capitale industrielle du Nouveau Monde, où naissent une fille et deux garçons dont, en 1922, Jean-Louis Kirouac, dit Ti-Jean qui deviendra l’idole d’une génération sous le nom de Jack Kerouac.

Quand j’ai vu, sur un étal de la Foire du Livre de Bruxelles, dans les trésors des Carnets du Dessert de lune, cet ouvrage intitulé « Visions de Kerouac », qui semblait rendre hommage à cette icône de notre jeunesse, je n’ai même pas ouvert le livre, je l’ai acheté immédiatement à l’auteur qui justement était là. Kerouac est né vingt-cinq ans avant moi, quand je l’ai découvert il avait déjà vécu mille galères, bu des gallons d’alcools divers, variés et même parfois avariés, testé toutes les drogues connues à son époque et écrit des livres qui allaient contribuer sérieusement à la naissance de sa légende. Il m’a fallu encore presque deux décennies pour que je parte « Sur la Route » de ces textes et depuis ce long flot tumultueux et verbeux rugit encore dans mes oreilles. Je me souviens quand il écrit du fond d’un bouge mexicain: « Souffle ! Souffle ! » pour encourager un trompettiste qui joue un solo. Kerouac c’est aussi la musique, le jazz surtout !

Tenir le livre de Budin en mains c’est déjà un premier bonheur, ce livre est un grand format, un peu comme un cahier, sur la couverture l’illustration, un dessin en noir et rouge avec un peu de blanc et de bleu, symbolise déjà l’œuvre du maître tout en annonçant ce que le lecteur trouvera en tournant les pages : Kerouac martyrisant le clavier de sa petite machine à écrire d’où sourd un rouleau de papier comme celui sur lequel fut écrit « Sur la Route ».  Yves Budin, à la fois biographe poète et illustrateur propose un condensé de ce que fut la vie de Kerouac : son enfance, son éducation, les rencontres décisives, la Beat Generation, ses femmes (mère, sœur, épouses, maitresses, amantes et sa fille enfin reconnue), ses galères, le chemin de la gloire, le succès mal digéré, la déchéance, la fin abominable, tout ce qui au fil des ans, des éditions, des rééditions, des chroniques, des biographies a fini par constituer la légende du poète maudit. La vie de Kerouac c’est un peu une odyssée, une chanson de gestes des temps modernes. Et Butin a su écrire, mettre en vers et en dessins, cette fabuleuse épopée, cette résistible ascension, ce document fondateur de la philosophie, de la mentalité, des mœurs, de la littérature, de la musique, de toute une génération.

Budin écrit comme Kerouac a écrit « Sur la Route », sans ponctuation aucune mais pas en un seul bloc comme le poète, dans un texte oscillant entre prose et poésie en se glissant entre les dessins en noir et blanc, parfois soulignés de rouge, qui occupent une large place dans cet ouvrage que je qualifierais de livre illustré, presque une bande dessinée, mais surtout une véritable bible à l’usage de tous ceux qui ne connaissent pas encore Kerouac et le formidable mouvement qu’il a déclenché avec ses amis Cassidy, Ginsberg et Burroughs principalement. Budin a aussi eu ce trait de génie de ne pas trop se préoccuper de la syntaxe de son texte pour laisser la place aux fulgurances qui rappellent celles des auteurs de la Beat Generation. Ce livre, je le garderai précieusement, près de mes mains, pour pouvoir le saisir vite dès que l’envie deviendra urgence.

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