05 mars 2017 ~ 0 Commentaire

Jivarosseries – Eric Dejaeger

« Encore un recueil passé totalement inaperçu » me confie l’auteur dans sa dédicace, une raison de plus pour moi de faire vivre encore ce texte à travers cette courte (en la circonstance j’ai bien compris que le court s’impose) note de lecture d’autant plus que la maison d‘édition a changé de propriétaire et de politique éditoriale se consacrant désormais à un public plus jeune. Ce serait vraiment dommage que ce petit recueil de contes brefs disparaisse dans la fosse commune des textes à jamais oubliés. Ils sont déjà tellement nombreux dans l’enfer de l’oubli.

L’auteur se définit lui-même à travers ces quelques mots introduisant l’un de ses contes : « Il avait deux passions : la culture de son potager et la réduction de contes brefs. Il composait d’ailleurs ces derniers tout en éclaircissant ses carottes ou en pinçant ses plants de tomates… » Je sais qu’il a écrit des contes brefs mais je ne sais pas s’il a planté des légumes. Le texte nous éclaire davantage sur l’art de rédiger des contes courts que sur celui de cultiver son jardin, n’est pas Voltaire qui veut :

« Désireux d’écrire des contes brefs, il questionna un spécialiste du genre :

-          Comment faites vous pour faire aussi court ?

-         Je compose mentalement, je couche sur papier puis j’enlève tout ce qui est superflu.

Il travailla dans sa tête, recopia le texte sur une feuille et barra tout ce qui lui paraissait superflu. L’opération terminée, il ne resta rien. Même pas le titre ».

Heureusement quelques bribes de textes ont échappé à l’autocensure de l’auteur qui a donc pu présenter ce recueil dans lequel il propose ce qu’il appelle des « contes élagués », des textes qu’il a réduits au maximum comme les Jivaros réduisaient les têtes de leurs ennemis d’où le titre comme vous l’avez bien compris. L’allusion à la « rosserie » n’est peut-être pas totalement innocente car l’auteur ne manque pas l’occasion de lancer des petites piques en direction de notre société qui, sous prétexte de modernité, se comporte parfois de façon bien puérile.

On se régale à la lecture de ces tout petits contes, minimalistes évidemment, burlesques ou surréalistes comme souvent avec Eric Dejaeger, drôles, ça fait partie de sa marque de fabrique, parfois cyniques ou noirs et en l’occurrence très narquois à l’endroit des fanatiques de la modernité pour la modernité, de la modernité tape à l’œil, de la modernité puérile. Il aurait été vraiment  dommage de laisser ces petits contes dans un complet oubli, ils méritent bien une petite place dans la postérité littéraire, au moins pour nous rappeler que la puérilité est souvent l’apanage de ceux qui suivent le troupeau en bêlant à l’unisson.

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