03 janvier 2017 ~ 0 Commentaire

Mademoiselle Irnois, Adélaïde et autres nouvelles – Joseph-Arthur de Gobineau

« Longtemps connu (et mal connu pour le seul Essai sur l’inégalité des races humaines, Gobineau apparaît aujourd’hui comme l’un des romanciers les plus singuliers du siècle dernier. » Cet avis formulé dans la quatrième de couverture de ce recueil, n’a fait qu’attiser ma curiosité quand je l’ai trouvé dans une vente de livres d’occasion, j’ai eu alors très envie de voir comment celui qui avait écrit un tel essai intégrait, ou non, sa théorie raciale dans les fictions qu’il écrivait. J’ai donc acquis et lu ce recueil, il comporte outre une préface de Pierre-Louis Rey et un dossier contenant une chronologie, une bibliographie et de nombreuses notes, trois nouvelles : Mademoiselle Irnois, Les conseils de Rabelais, Adélaïde et des souvenirs de voyage : Le mouchoir rouge, Akrivie Phrangopoulos et La chasse aux caribous. Je ne sais pas s’il était très judicieux de réunir ces nouvelles et ces récits de voyage dans un même recueil , il me semble que ça nuit à la cohérence générale de l’ouvrage mais c’est tout de même acceptable car dans tous les textes il est question d’amours et de mariages, de mariages sans amour, d’amours contrariés, de mariages par intérêt comme c’est souvent le cas dans les romans du XIX° siècle.

Mademoiselle Irnois est bien amoureuse mais son père est obligé de la donner en mariage à un vieil aristocrate qui lorgne fort sur son immense fortune, Rabelais attire l’attention d’un religieux qui veut se convertir pour l’amour d’une belle, sur tous les risques qu’il encourt, Adélaïde et sa mère s’étripent pour l’amour d’un beau militaire. Dans les souvenirs de voyage le capitaine Norton tombe amoureux d’Akrivie, dans La chasse au caribou Charles Chabert échappe de justesse à la fille qu’on veut lui faire épouser. Le mouchoir rouge est un peu plus cynique, l’héroïne fait assassiner le vieil aristocrate qu’on veut lui faire épouser afin de convoler avec celui qu’elle aime. Des intrigues bien coulées dans le moule des textes de cette époque que nous lisons habituellement.

J’ai trouvé ces texte sassez inégaux, notamment les récits de voyages, celui décrivant une expédition entre Naxos, Santorin et Antiparos m’a moins captivé que celui emmenant le lecteur à la chasse au caribou à Terre-Neuve. Le style de Gobineau ne facilite pas toujours la lecture, il  n’est pas toujours très limpide, il comporte de nombreux relents d’une langue déjà désuète au XIX° siècle et il est parfois difficile de démêler ces réminiscences littéraires des tournures propres à l’auteur. Par ailleurs, les notes proposées en fin d’ouvrage signalent plusieurs fautes de français. In fine, des textes qui font voyager le lecteur dans un monde alors très exotique, des textes mettant en évidence les tares de la société : l’avidité, la méchanceté, la perfidie, toute la mécanique de l’arrivisme le plus cynique. Ses histoires d’amour ne parlent pas de sensualité, peu de sentiment mais beaucoup d’opportunisme.

Mais ce qui a motivé ma lecture, c’est surtout la théorie raciale de l’auteur et j’ai été particulièrement attentif à l’usage qu’il fait du mot « race » dans ces textes, il n’en abuse pas outrageusement, il ne l’emploie qu’une dizaine de fois dans tout le recueil mais étonnamment, pour quelqu’un qui a écrit un essai sur le sujet, dans des acceptions différentes. Il apparait à la lecture de ces textes que la race est une entité mal définie, c’est parfois la famille, une population locale ou régionale, tout un peuple, etc…  La race semble être le groupe humain auquel le héros appartient, ainsi, dès le premier paragraphe du recueil, il écrit parlant de Monsieur Irnois : « il sut vaincre d’abord, puis conserver sa victoire ; sa race, si elle eût duré, eût pu le comparer à Auguste ». Manifestement dans cette occurrence, il évoque la famille, le lignage, alors qu’ailleurs, comme dans ce passage de Les conseils de Rabelais, il fait dire à un personnage rencontré devant une taverne : « Je suis de race gauloise bien franche » donnant ainsi à ce terme une signification beaucoup plus ethnique, la race évoquant le peuple, la nation. Dans Akrivie Phrangopoulos, il donne encore une autre acception de ce terme, plus proche sans doute de ce qu’il pensait réellement : « Pour lui, il n’estimait que les vieilles familles, les gens de races nobles, c’est-à-dire d’origine européenne… ». Ce texte écrit une dizaine d’année après la publication de l’essai sur l’inégalité des races rappelle bien la notion de race que comporte cet essai : la race blanche européenne est bien une race supérieure. Gobineau enfonce le clou en rappelant à longueur de nouvelles que les belles femmes sont toujours des blondes aux yeux bleus.

Ce recueil n’est pas, à mon sens, un texte à l’apologie de la « race » blanche européenne mais il est fortement marqué par ce concept de différenciation des races où celle dite européenne domine toutes les autres. Et, Gobineau réussit à fondre cette théorie raciale dans une vision plutôt rousseauiste de l’univers. « Il s’habilla pour aller sur les grèves mirer son bonheur dans celui de la nature, qui, partout et sous toute les latitudes, est heureuse ». Cette conception semble plutôt étrange car à la paisible vision  de Rousseau, il ajoute une théorie plutôt violente et pragmatique que maître François formule dans son conseil : « Quel métier vous semble le meilleur ? Celui du loup, sans aucun doute, repartit maître François. Plût au ciel que le pauvre cardinal eût été loup ! Il eût mangé bien des gens qui l’ont mis hors du royaume et les renards ne l’auraient pas mis à mal. » Voilà tout est dit et ceux qui voulaient, ou veulent encore, imposer la loi du plus fort trouveront dans ce texte bien des arguments pour asseoir leur sinistre théorie.

Laisser un commentaire

An Other Fake Artist |
Nouvelleshorrifiques |
Twexter |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | FUYONS, LISONS !
| Taqbaylitiw
| Debauchesetperversions