14 décembre 2016 ~ 0 Commentaire

La Mer Noire – Kéthévane Davrichewy

Ce soir, il y aura fête chez Tamouna, elle célèbre ses quatre-vingt-dix ans, la narratrice, sa petite fille peut-être, raconte les préparatifs de cette soirée, la visite des enfants et petits-enfants de cette grand-mère vénérée venue du de la lointaine Géorgie que son père a fui il y a bien longtemps. Il était ministre d’un gouvernement qui refusait l’annexion à l’URSS, sa vie et celle des membres de sa famille étaient menacées, il avait alors choisit l’exil qui l’avait conduit dans la région parisienne où Tamouna termine une vie bien mouvementée.

La narratrice raconte alternativement, un chapitre sur deux, les préparatifs de la fête mettant en  scène la descendance de Tamouna, ses enfants et ses petits-enfants mais aussi d’autres membres de la communauté géorgienne de Paris, des cousins et cousines avec eux aussi leur descendance, et la longue vie que Tamouna a déjà eu en Géorgie, à Tbilissi où elle habitait avec sa famille et à Batoumi où elle passait ses vacances, puis en banlieue parisienne et à Paris même où elle connut, comme tous les réfugiés, les rigueurs de l’exil. Elle se souvient des privations, de la difficulté de communiquer, du regard des autres, des humiliations, de la différence qu’il fallait assumer, de la guerre qu’il fallut affronter en voyant les hommes s’engager pour leur nouvelle patrie ou aux côtés des Allemands pour lutter contre l’ogre soviétique bourreau de leur famille, de leurs amis et, plus largement, de la Géorgie.

Kéthane Davrichewy, elle-même, petite-fille de Géorgiens émigrés en France raconte avec délicatesse, élégance et tendresse, l’histoire de cette grand-mère qui ressemble certainement beaucoup à celle de la sienne. Elle fait revivre la Géorgie qu’elle connut certainement à travers les récits de cette grand-mère, ce beau pays magnifié comme tous les pays qu’on abandonne pour sauver sa peau. Elle raconte aussi la fuite et l’exil dans toutes ses dimensions : sa rigueur, sa cruauté, ses souffrances et ses humiliations sans jamais verser dans la colère, la rancœur ou l’amertume, conservant toujours sa délicatesse et son élégance, malgré une nostalgie mélancolique, même pour dresser les tableaux les plus tristes.

Mais, pour moi, ce roman n’est pas un livre de plus sur l’exil ni un tableau idyllique de la Géorgie avant le communisme, ce texte est avant tout une très, très, belle histoire d’amour entre cette grand-mère et son premier amour de jeunesse rencontré à Batoumi pendant ses dernières vacances au pays. Tamouna et Tamaz s’aimaient d’un amour d’adolescent, tout juste frémissant, jamais consommé qui se perdit dans l’exil mais qui, en deux ou trois occasions, pu renaître avec une force jamais défaillante, avec une flamme toujours aussi vive et ce soir Tamaz a promis de venir de son lointain exil de l’autre côté de l’océan. Une magnifique leçon d’amour que rien ne peut vaincre, la révolution, l’exil, la guerre, la séparation se sont tous cassés les dents sur cet amour de jeunesse, c’est émouvant, c’est très touchant, on aimerait tous aimer comme ça par delà les liens familiaux même si on aime beaucoup sa famille.

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