10 novembre 2016 ~ 0 Commentaire

Etude à propos des chansons de Narayama – Shichirô Fukazawa

« Narayama », rien qu’en voyant ce seul mot en guise de titre sur un ouvrage poussiéreux lors d’une vente de livres d’occasion, ma mémoire s’est mise en éveil et j’ai pensé à ce film japonais racontant l’histoire du voyage dans la montagne accompli par des vieux pour fuir la vie. Ce film avait eu un grand succès, il y a bien longtemps, quand j’étais encore jeune. J’ai donc lu ce livre écrit pas Shichirô Fukazawa, un écrivain japonais qui connut un succès mondial avec cette nouvelle portée au cinéma pour le plus grand bonheur de ses auteurs et des spectateurs. Fukazawa est un cas un peu particulier dans la littérature nippone, ce n’est pas un intellectuel, il est né dans une province très pauvres du cœur du Japon. Une région tellement pauvre que la plus grande préoccupation des ses habitants est la répartition de la nourriture, elle marque toute la trame de cette nouvelle. L’auteur est un homme du terroir, très attaché à sa terre et à ses habitants, il écrit plus avec son cœur qu’avec son esprit, son texte est peut-être un peu simple mais il est tellement émouvant.

Dans une famille où vivent la grand-mère et son fils veuf avec ses enfants, l’aïeule sait bien qu’un jour, il faudra qu’elle laisse sa place, quand son fils trouvera une nouvelle épouse pour le seconder. Dans le « village d’en face » un accident laisse une veuve qui fera tout à fait l’affaire, elle vient donc vivre à la maison mais le petit-fils décide lui aussi de prendre pour femme la fille qu’il a engrossée, la grand-mère comprend alors que le moment est venu pour elle d’accomplir le pèlerinage de Naramaya, la plus haute montagne de la région, le dieu tutélaire des villages alentours.  L’hiver sera rude et il y a trop de bouches à nourrir dans la maison.

Ce texte est tiré de vieux contes et de légendes de la région natale de l’auteur qui présente même la partition de la fameuse Ballade de Narayama en fin de cet ouvrage. Il s’appuie particulièrement sur un conte très connu au Japon dont l’auteur cite de nombreux extraits tout au long de son récit. Ces textes ancestraux appartiennent à la tradition orale qui perpétue les us et coutumes locaux depuis des siècles, la région étant très pauvres et très isolées, l’écriture n’est devenue qu’assez tardivement le moyen de communication commun à tous. Lors des fêtes, la forme orale permet à chacun d’ajouter un couplet personnel à une chanson pour décrire, narguer, glorifier un personnage ou pour simplement perpétuer un événement remarquable. Ainsi, l’auteur a tenu, à plusieurs occasions, à préciser que le fameux pèlerinage de Narayama n’avait aucun fondement culturel, cultuel, social ou autre, que ce n’était probablement que l’héritage d’un pamphlet oral datant de nombreux siècles.

Il reste néanmoins qu’après le succès mondial de cette nouvelle et celui encore plus grand du film qui en a été tiré, la Ballade de Narayama est devenue un mythe mondial et que Fukazawa restera à tout jamais comme l’un des grands maîtres de la littérature nippone.

« A la montagne de derrière irons-nous abandonner la vieille

Mais de derrière même un crabe reviendrais en rampant. »

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