03 septembre 2016 ~ 0 Commentaire

Le petit oeuvre poétique – Claude Louis-Combet

Ecrire une chronique de ce recueil de Claude Louis-Combet relève de l’audace, c’est assumer ses étroites limites et même prendre le risque d’être ridicule tant le maître est au sommet de son art dans ces onze textes sélectionnés par son éditeur. José Corti a choisi des poèmes de diverses formes : poésies en prose, en vers plus ou moins libres, en forme de simples sentences de quelques mots ou même de quelques termes dispersés sur la feuille comme un nymphéa littéraire.

Mais quelque soit la forme, le maître a distillé chaque texte comme un alchimiste élabore son élixir dans sa cornue alambiquée pour obtenir le liquide le plus raffiné, l’essence même du produit, le nectar le plus doux. Dans ce recueil, le poète utilise l’essence du vocabulaire qu’il a distillée avec sa plume en forme de cornue pour exprimer les sentiments qu’il est allé chercher au plus profond de son âme, là où la vie confine à l’origine, là où il a trouvé le paradoxe qui régit la vie depuis toujours. « Les choses sont trop grandes pour moi et je suis trop grand pour les choses ».

Pour le poète, dans ce vaste paradoxe surgi du chaos originel, est né le texte qui a figé les choses, les rendant définitives. « Il y a eu le feu, la lave à pleine gueule, l’éructation du dedans solaire, la foudre brûlant soudain le décor. Et le texte, plus tard, recousant les blessures et fardant les cicatrices ». Le texte est fils de la Terre qui a donné naissance à l’Homme, « … cette certitude irréductible d’être et d’avoir été toujours fils de la terre », qui a éprouvé l’Amour : « Si le texte est né du désir, pourquoi le désir ne serait-il pas né du texte ? »

Dans ce recueil Claude-Louis Combet exprime une vision très païenne de notre monde où l’Homme tourne en rond, s’enlisant dans le grand paradoxe de la création, sans jamais trouvé l’issue qui lui ouvrirait les portes d’un ailleurs. « J’écris du désir comme du désert : où l’on s’enfonce sans avancer, où l’on contourne sans approcher, où l’espace vous traverse sans que vous puissiez le retenir, où le temps se précipite en vous qui vous précipitez en lui – et claquent les lambeaux de néant que sont les mots, dont la trace s’efface et dont le bruit s’éteint ».

Et pourtant la beauté est de ce monde mais elle n’enchante pas le maître comme elle a enthousiasmé Kawabata dont la sensibilité peut rejoindre celle de Louis-Combet qui profère : « Je suis de ceux que la beauté désespère ». Tout est beau dans ce recueil mais tout est controversé par son contraire, la moindre lueur d’espoir est obscurcie par sa propre ombre. Mais, le maître malgré son désespoir ne pourra jamais nous empêcher de débusquer la Beauté la plus pure nichée aux creux de ses lignes.

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