17 août 2016 ~ 0 Commentaire

Un ours qui danse – Vincent Jolit

Un roman, trois histoires, trois destinées, trois ruptures, trois vies que l’auteur raconte en parallèle, chapitre après chapitre, trois récits qui n’ont rien en commun si ce n’est la danse. Fiodor, enfant de la balle, né  à Saint-Pétersbourg, à l’aube du XX° siècle, au cirque Ciniselli, d’un père bourru dresseur de chevaux qui compte bien voir son fils lui succéder un jour mais le gamin ne pense qu’à la danse qu’il a découverte à travers le pathétique spectacle offert par un montreur d’ours et son plantigrade pataud. Franz, jeune bavarois, fils d’une richissime famille d’industriels ayant soutenu le régime nazi pour préserver son immense fortune, cherche à fuir ce monde nauséeux. Françoise, boiteuse, rapatriée d’Algérie avec sa famille, au début des années soixante à Toulon, veuve depuis peu d’un mari falot et peu aimant.

Trois personnes qui ne se sont jamais rencontrées, trois personnes qui sont nées à des époques différentes dans des pays différents, trois personnes qui ont un rapport très personnel à la danse. Fiodor a découvert la passion, Franz veut fuir une famille qui lui fait honte et Françoise cherche à oublier son handicap. Et pourtant ces trois personnages ont un problème en commun, elles doivent vivre une rupture : Fiodor doit rompre avec le cirque et un avenir assuré pour vivre sa passion, Franz ne veut pas faire partie d’une famille marquée par la honte et l’infamie et Françoise doit changer de vie si elle veut s’assumer malgré sa claudication.

Dans un texte dense, d’une grande empathie, l’auteur emmène le lecteur dans l’introspection de la vie de ces trois individus. Il les plonge au plus profond de leur cœur, de leur âme, de leurs sentiments, de leurs dégoûts, de leurs faiblesses, de leurs forces. Il connait très bien le monde de la danse, assez bien  pour en faire le moteur de ce qui peut-être de la renaissance de ces trois êtres en souffrance. Fiodor pourrait exploser dans son art,  « Pour lui la danse c’est la vie… Sur scène, lors des répétitions, il retrouve le plaisir, la spontanéité, l’ivresse, une nébuleuse de sensations derrière lesquelles il court depuis sa danse de l’ours. » Franz pourrait oublier le poids que sa famille à mis sur ses épaules.  « Il voudrait danser pour se comprendre, danser pour parler de soi et dire des choses sur soi. Des choses qu’il ne sait pas ? Il n’y a pas d’ailleurs, d’autres raisons. » Et Françoise pourrait « Essayer d’être heureuse comme je le suis (elle l’est) ce soir. Danser encore » pour envisager une douce retraite.

Et pourtant ce livre qui est certainement une ode à la danse, art, moyen de réalisation personnelle, thérapie pour le corps et l’esprit, raison de vivre, est surtout, à mon avis, une leçon de vie. Tout est possible à celui qui ira sans retenue au bout de sa passion, quelle qu’elle soit, pour réaliser ses rêves et trouver sa voie. Et voilà comment avec trois histoires très distinctes l’auteur réussit à construire un véritable roman.

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