23 mai 2016 ~ 0 Commentaire

Le soldat et le gramophone – Saša Stanišić

C’est l’histoire d’un gamin qui essaie de vivre comme n’importe quel gosse dans un pays pourtant en proie à une guerre pernicieuse à laquelle il ne comprend rien, opposant des voisins et connaissances qui ne se séparent souvent, apparemment, que par leur prénom.

Aleksandar devenu adulte à l’étranger où il a fui avec ses parents, revient en Bosnie, à Visegrad, là où est né Ivo Andric, là où celui-ci a situé l’un de ses plus célèbres romans, « Le pont sur la Drina ». Il raconte son enfance, son passage à l’adolescence, l’irruption de la guerre dans la vie quotidienne qu’il s’efforçait de mener comme avant, les séjours dans la cave pendant les alertes, la petite fille, Asija celle qu’il cherche toujours partout, avec laquelle il a tremblé sous les bombardements, la Drina où il pêchait, où il se ressourçait, les difficultés de l’exil en Allemagne, le retour au pays sous le regard dédaigneux de ceux qui n’avaient pas fui.

Ce texte qui peut paraître décousu, raconte à travers des souvenir, des images, des témoignages, des rêves, l’existence d’un gamin de Visegrad qui voudrait vivre sa vie de gosse mais que les adultes perturbent en s’affrontant en un jeu cruel et sanguinaire qui plonge ses racines dans l’abîme de l’histoire que personne ne connait plus. Un récit construit comme un puzzle où le lecteur doit trouver certaines pièces qui ne sont pas fournies par l’auteur. Une compilation de récits, de fictions, de lettres, de documents divers au travers desquels le lecteur doit suivre un fil rouge qui pourrait être une suite de l’œuvre d’Ivo Andric même si celle de Stanisic se situe plus dans l’intention, la suggestion d’impressions que dans la description des événements. Avant de décéder, le grand-père lui avait confié les outils du magicien en le prévenant : « Ton pouvoir aura une portée révolutionnaire particulière tant qu’il s’exercera en conformité avec les idées de Tito et en accord avec les statuts du Parti communiste yougoslave », un bon point de départ pour se placer dans la filiation du lauréat du Prix Nobel de littérature.

Stanisic n’a pas voulu raconter la guerre, l’histoire de la Bosnie, il a simplement montré comment ce gamin, le naïf de service, a vécu pendant cette période perturbée, comment les hommes sont capables de se déchirer de la plus cruelle des manières pour des raisons qui n’existent plus pour une grande partie de la population. Il ressort donc de cette lecture que cette guerre n’a aucun sens, qu’elle ne sert qu’à nourrir les plus viles ambitions et les plus bas instincts, qu’à massacrer des milliers de femmes et d’hommes et qu’à disperser un peuple au gré de l’émigration. Un peuple atomisé dans la diaspora, des bras, des jambes, des têtes, qui manquent au pays où la population a profondément changé. Plus rien ne sera comme avant, même les mots manquent pour raconter cet avant dont il ne reste que la Drina, immuable et éternelle et Asija… si elle n’est pas qu’un rêve.

« Si j’étais magicien du possible et de l’impossible ! » Oui, Aleksandar, si tu étais ce magicien, tu changerais beaucoup de choses mais les outils confiés par grand-père Slavko ne peuvent pas changer la nature humaine. Ainsi est la vie !

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