07 mai 2016 ~ 0 Commentaire

Deux d’un coup – Liviu Rebreanu

Vers les années quarante, sans que cela soit précisé exactement, à Pitesti, en Roumanie, un couple de riches commerçants âgés est assassiné à la surprise générale. Le juge Dolga conduit l’enquête en commençant ses investigations au sein de la famille qui apparait bien désunie, les victimes n’ont pas d’enfants et leur héritage pourrait attiser les convoitises des autres membres de la famille : un frère commerçant enrichi mais moins ladre que son aîné décédé, une sœur acariâtre qui se plaint depuis longtemps d’avoir été lésée par ses frères lors du partage des biens de leurs parents. Il ajoute à cette liste de suspects prioritaires : un voisin fêtard ayant un fort besoin d’argent, un neveu attendant cet héritage avec une impatience manifeste et celui qui a découvert les corps, le valet du pope. Le juge mène son enquête avec ordre et méthode comme un véritable Hercule Poirot ou Jules Maigret des Carpates, ne laissant rien au hasard, pressant les suspects sans égards pour leur statut.

Ce roman, le dernier écrit par l’auteur décédé en 1944, comporte tous les éléments d’un bon polar : des victimes, des suspects, des indices, des hypothèses, des rumeurs, des accusations et une part de mystère que le juge doit percer, mais à mon avis, c’est encore plus un roman social qu’un roman policier. L’enquête est bien au cœur du récit mais elle semble plus servir de prétexte à l’auteur pour dépeindre le milieu social d’une petite ville roumaine au milieu du XX° siècle avec sa bourgeoisie marchande et sa bourgeoisie administrative qui règnent sur la cité et se rencontrent facilement quand leurs intérêts sont en jeu. L’auteur dénonce sans détour le rôle de l’argent dans la vie de cette société et toutes les tares qu’il peut engendrer chez ceux qui en ont trop comme chez ceux qui en manquent parfois même cruellement.

Ce texte, avec son intrigue bien conduite et son écriture académique est un roman fondateur de la littérature roumaine du XX° siècle, il est annonciateur des œuvres des grands romanciers qui l’ont nourrie jusqu’à nos jours. Au-delà du polar et du roman social, il faut aussi considérer le regard acéré que l’auteur porte sur la société dénonçant au passage l’avarice, la cupidité, l’appât du gain et quelques autres vices encore. Un livre que je rangerais entre ceux de Simenon et ceux d’Agatha Christie.

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