03 mai 2016 ~ 0 Commentaire

Le vieux nègre et la médaille – Ferdinand Oyono

Dans ce livre écrit peu avant l’indépendance des colonies africaines françaises, le Camerounais Ferdinand Oyono nous montre comment un brave nègre qui a donné son terrain à l’église et deux fils à la France, se laisse enfermer dans le piège d’un paternalisme méprisant en acceptant une décoration de pacotille avant de se réveiller brutalement et de comprendre qu’il a trahi ses ancêtres, son peuple, l’Afrique.

Meka est un bon Noir comme ceux qu’on caricaturait en France à cette époque, le bon nègre « Y a bon Banania », il s’est converti au catholicisme qu’il pratique pieusement, respecte et envie tout ce qui est « Blanc ». Le gouverneur se déplacera spécialement pour le décorer mais au cours de la cérémonie, le Noir alibi est méprisé par les officiels et les Blancs présents. Tout dérape brutalement et Meka comprend qu’il s’est trompé, que les Blancs l’ont trompé.

Cette petite histoire, une fable plus qu’un véritable roman, semble bien avoir été écrite pour démontrer que les Blancs n’ont jamais eu aucune bonne intention à l’endroit des Noirs qu’ils les ont toujours méprisés quitte à les flatter avec des babioles sans aucune valeur. Même, si de leur côté, les Noirs admiraient sans mesure les Blancs et tout ce qui provenait des Blancs. « Rien de ce que nous vénérons n’a d’importance à leurs yeux. Nos coutumes, nos histoires, nos remèdes, nos hommes mûrs, tout cela c’est comme les affaires de leur boy… »

Ferdinand Oyono pousse le raisonnement un peu plus loin en démontrant que les deux peuples ne pouvaient pas cohabiter tant les différences entre leur culture, leur religion et leurs mœurs respectives étaient profonds. Rien ne pouvait les rapprocher suffisamment pour qu’ils vivent en bonne intelligence sur le même sol. « Le chimpanzé n’est pas le frère du gorille. » Ces arguments semblent convaincants mais pourraient justifier un racisme qui se fonderait dans la différence des races.

Ce livre pourrait être un dernier regard sur l’Afrique, juste avant l’indépendance, quand la marmite commençait à bouillonner sérieusement et que la cohabitation entre Noirs et Blancs devenait difficile. Et cependant, malgré son désir de voir les Blancs partir, on comprend bien que l’auteur pressentait déjà certains des germes de la désillusion que Mariama Bâ exprime dans sa « si longue lettre », toutes les dérives de l’indépendance dans des pouvoirs corrompus. Il pourrait ainsi être le précurseur de nombreux jeunes auteurs africains qui ne voient l’avenir de leur continent qu’à travers un retour à l’africanité, aux vraies valeurs africaines.

Je rangerai ce livre parmi ceux de Camara Laye et de Wole Soyinka mais l’humour, la dérision, l’ironie, la malice de l’auteur, le rapprochent aussi d’autres écrivains comme Emmanuel Dongala, Massa Maka Diabaté ou Amadou Hampaté Bâ… Le « bon Noir » joue au candide qu’il n’est pas du tout, c’est un énarque fin lettré convaincu que l’Afrique a un avenir si elle respecte ses origines.

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