25 avril 2016 ~ 0 Commentaire

Netherland – Joseph O’Neill

O’Neill surfe sur la vague du 11 septembre en installant un couple anglo-néerlandais dans le milieu des financiers et hommes de droit new-yorkais qui découvrent brutalement qu’ils sont eux aussi vulnérables et que la terreur peut les atteindre jusque dans le naos du temple de la finance et des affaires. Hans, brillant analyste financier, et Rachel, avocate, ont dû quitter leur appartement après ce terrible attentat, ils vivent provisoirement à l’hôtel mais Rachel veut rentrer en Angleterre, elle ne peut plus vivre à New York. Hans se retrouve donc seul dans la ville gigantesque où il rencontre un arbitre de cricket qui va transformer sa vie. Son couple, à cheval sur les deux rives de l’Atlantique, bat de l’aile, il ne lui reste plus que ce Trinidadien, Chuck, originaire des Indes, homme d’affaires et de trafics, arbitre de cricket et visionnaire illuminé pour peupler ses temps libres. Ils n’ont que le cricket en commun, ce sport que les Américains ne comprendront jamais et qui les réunit si bien.

Avec cet original qui l’utilise à son insu, Hans entraîne le lecteur dans une grande virée à travers les quartiers populaires de New-York où il rencontre tout un peuple multiethnique qui vit le plus souvent de la débrouille dans la précarité. Il prend ainsi conscience que le monde ne se limite pas à la finance et au business, aux traders, à l’argent, à l’apparence, à la compétition pour la compétition, qu’il existe aussi une multitude d’émigrés qui constitue une bonne partie de la population new-yorkaise. Au contact de ces communautés, Il comprend mieux les indignations de son épouse devant l’hégémonisme et l’interventionnisme américains qu’elle ne supporte pas.

O’Neill, avec sa prose constituée de phrases longues qu’il anime avec aisance en utilisant toute la panoplie des signes de ponctuation que lui offre la langue français (au moins à son traducteur), nous propose un livre qui même s’il a connu un grand succès aux Etats-Unis, me laisse assez dubitatif. Son texte est bourré de lieux communs à tous les mauvais romans de gare : le couple appartient au milieu argenté des affaires, il connait la crise comme dans toutes les séries américaines à la mode, il consulte avocat et psychologue, et tous les personnages ne consomment et n’utilisent que des produits jamais désignés par leur nom générique mais par des marques. Tout ceci donne un roman banal, comme on a déjà trop vus, qui parle de la crise financière, de la psychose d’après le 11 novembre 2001, des couples qui se font et se défont, des riches qui découvrent les pauvres, etc.… Et ce livre manque vraiment d’un fil rouge qui guide le lecteur tout au long de cette méditation trop encombrée par des digressions qui semblent n’être là que pour donner de l’épaisseur au livre. L’auteur avait suffisamment de matière pour traiter sans détours du problème de la fin d’une ère, du désarroi d’un certain milieu après la crise et de l’agression sur fond d’une passion qui relie deux êtres que tout devrait séparer. Les détours par la Hollande, Trinidad, l’Inde, … n’apportent rien au fond du roman et ne l’enrichissent nullement.

Voilà comment dix années de résidence aux Etats-Unis ont transformé un Irlandais bon teint en un écrivain américain comme tous ceux dont on trouve les œuvres sur tous les rayons des vendeurs de livres. La Guinness a viré en vulgaire Bud. Il fallait probablement répondre à l’impatience de l’éditeur.

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