24 avril 2016 ~ 0 Commentaire

Amours au temps du communisme – Bessa Myftiu

Un hymne, une ode, une incantation à l’amour absolu celui qui emporte tout, embrase les cœurs et les corps sans se préoccuper de quelconques préjugés. Coincées par une grève à l’aéroport de Rome Fiumicino, trois Albanaises qui se rendent au mariage d’une amie commune, décident de se confier leurs histoires d’amour pour tuer le temps.

Anila raconte son histoire de femme divorcée qui tombe amoureuse d’un beau Kosovar qui ne l’épousera jamais parce qu’au Kosovo un homme n’épouse pas une femme qui a déjà connu un autre homme, une femme non vierge. Elle séduit alors le frère que cet homme s’est donné selon la tradition balkanique et entame avec lui une longue histoire à rebondissements qui la poursuivra jusqu’en Allemagne. « Au Kosovo, c’est la famille qui prime. Au Kosovo, on respecte les poètes s’ils respectent les coutumes. Au Kosovo, l’individu n’est pas encore né ».

Dina raconte ses relations avec ses amoureux qu’elle plaque pour ne pas souffrir, avant qu’eux la laissent tomber comme ses amants abandonnaient régulièrement sa mère. Elle ne peut cependant pas échapper à la séduction d’un beau jeune homme beaucoup plus jeune qu’elle qui ne veut pas l’épouser pour ne pas anéantir sa famille. « On finit toujours par trouver ce qui nous ressemble, si on suit la voix du cœur ».

Monda raconte comment, à cinq ans, elle était déjà convaincue qu’elle épouserait son beau cousin mais qu’à l’adolescence on lui a fait comprendre que c’était impossible. Le beau cousin ne peut pas non plus épouser l’amie de sa cousine qui est affligée de l’opprobre de la bourgeoisie qui colle encore à sa famille. « Tu ne veux pas détruire ma carrière pour les yeux d’une fille pareille ! »

Des histoires d’amours tortueuses, rocambolesques, qui osent parler de sexe et de libération sexuelle, d’amour libre et du droit des femmes à disposer de leur cœur, de leur corps et de leur sexe. Des amours passionnels, absolus, magnifiques, violents, dévastateurs, comme on n’en écrit plus, des amours qui ne sont pas faits pour durer seulement pour embraser. Des amours qui finissent toujours par rattraper ceux qui avaient succombé et qui croyait avoir oublié. « La mort même s’est retirée du champ de bataille, s’inclinant devant un amour qui avait résisté à tout : au régime politique, à la famille, à la maladie et au … temps ».

Malgré le titre de l’ouvrage, Ce n’est pas le communisme le principal accusé, même s’il n’est pas pour rien dans toutes les difficultés que rencontrent ces amoureux, il est un élément de contexte comme un autre pouvoir, une religion, ou n’importe quelle croyance aurait pu l’être. Ce qui est mis en cause, à mon avis, c’est beaucoup plus la tradition balkanique ancestrale qui pèse, à cette époque, encore très lourdement sur les êtres et les familles, instaurant un code de convenances et de pratiques inflexibles et incontournables. Il est paradoxal de constater que ce pays, l’Albanie, premier pays officiellement athée au monde, est un pays où la morale est l’une des plus rigoureuses et des plus contraignantes. Le pouvoir a épousé les règles de la tradition, de la famille, du parti, pour définir les fameuses « convenances » qui régentent tout dans la société albanaise.

Dans ce texte écrit directement en français – l’auteur réside désormais en Suisse – le narrateur n’hésite pas, dans un style vif, alerte, enflammé même, à allumer les feux de l’amour au risque de sombrer dans la grandiloquence plus que dans le lyrisme et le romantisme. Peu importe, ces amours tumultueux, dévastateurs, qui ne sont pas fait pour durer mais qui peuvent détruire, nous emportent dans un monde un peu fou. « Mais je trouve que les fous, ce sont les autres, ceux qui n’aiment rien ni personne ! »

Laisser un commentaire

An Other Fake Artist |
Nouvelleshorrifiques |
Twexter |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | FUYONS, LISONS !
| Taqbaylitiw
| Debauchesetperversions