20 avril 2016 ~ 0 Commentaire

Petits bonheurs de l’édition – Bruno Migdal

« Les gens lisent, donc se sentent naturellement en droit d’écrire : imagine-t-on un simple mélomane frapper à la porte d’un orchestre ? » Et pourtant quel lecteur assidu n’a pas rêvé un jour de voir son nom sur un livre, même un tout petit, et n’a pas osé écrire un petit poème, un recueil, une nouvelle, un récit et parfois carrément un roman. Et ces lignes, pourquoi ne pas les envoyer à un éditeur qui publie certainement des choses pires que celles qu’il a écrite ?

Avant de succomber à cette tentation, je vous conseille cependant de lire ce petit opuscule écrit par un quadragénaire, passionné de lecture, un peu las de son travail de cadre administratif, qui a décidé d’entreprendre des études littéraires. Dans le cadre de cette formation, il doit suivre un stage qu’il effectue dans une vénérable maison d’édition de la rue des Saints-Pères à Paris. Il découvre ainsi les rouages et les mœurs d’une grande maison d’édition et toute la perversité du système.

Cette maison, comme toutes les autres, reçoit des montagnes de manuscrits (les gens ne lisent plus mais écrivent de plus en plus) évidemment tous plus mauvais les uns que les autres mais, cependant, les lit tous, enfin, les fait lire par des stagiaires chargés d’adresser ensuite la lettre de refus. Sauf une fois par an, les bonnes années seulement, quand un manuscrit est transmis au comité de lecture. Parfois le stagiaire est amené à formuler un avis sur le texte d’un auteur de la maison, un poulain de l’écurie, et là, patatras, il n’est pas rare qu’il se rende compte que le manuscrit en question n’est pas meilleur, parfois même plus mauvais, que ceux qu’il est chargé d’éconduire chaque jour.

Un petit livre frais, pétillant, malicieux, ironique, un peu impertinent qui déridera tous les auteurs éconduits et les rassurera quand à leur supposé talent. Le refus de l’éditeur n’est pas un critère de médiocrité, il faut juste, pour être édité, avoir quelque chose de plus que du talent : un nom, une image, un parcours, une recommandation (aléatoire), de la jeunesse, …, bref quelque chose sur quoi l’éditeur peut construire un projet rentable. Pour nous en convaincre, le stagiaire nous confesse qu’il s’est fait, lui aussi, évincer bien peu élégamment.

Ce stagiaire écrit fort bien, il aurait cependant pu faire l’effort de publier autre chose qu’un journal de stage ne nécessitant pas un grand effort de construction.

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