18 avril 2016 ~ 0 Commentaire

Même les chiens – Jon McGregor

Comme une bande annonce de film, une série de morceaux d’histoires qui se chevauchent, se succèdent, se mélangent, pour reconstituer la vie d’une bande de jeunes qui se sont retrouvés dans la marge, au pays des drogués. Leur vie quotidienne qui consiste à chercher de quoi payer la prochaine dose, à se procurer cette dose, à se l’administrer et à chercher de quoi payer la suivante, à se la procurer, à se l’administrer, et toujours recommencer le cycle jusqu’à être obligés de trouver un coin pour poser leur maigre bagage et dormir un peu, le moins exposés possible à la violence qui est de règle dans ce milieu. Seul compte l’effet produit par la came, décoller, planer, planer toujours plus haut jusqu’à tutoyer les étoiles avec le risque de ne jamais redescendre.

Et Robert qui ne se droguait pas est mort, il a peut-être été assassiné, Danny qui a trouvé le corps, panique et court partout dans la ville pour trouver les autres tout en revivant son parcours d’enfant égaré dans le monde de la dope. Une succession de flashs nous montre ces personnages en quête de leur dose, leur parcours individuel, leur histoire, les drogues toujours plus dures, les doses toujours plus fortes, l’ascension infernale qui les fera descendre toujours plus bas comme Robert que l’on voit à travers le hublot pendant que les médecins légistes dissèquent son corps pour expliquer son décès.

Un texte explosé mais très construit qui montre à coup d’images, de flashs, de saillies, d’éclairs ses jeunes toujours en mouvement, en quête… dans une écriture expérimentale qui évoque la pensée confuse, déstructurée, inachevée, inaboutie, fulgurante des gens sous l’empire de la drogue. Des phrases avortées, sorties de mémoires défaillantes, d’esprits perturbés, pour raconter le parcours de ces drogués : les parents qui crient, les enfants placés, les chambres qui changent sans cesse, les séparations, la tentation, la marge, la dépendance, l’extase toujours plus intense, l’explosion en vol…

Ce récit inspire une profonde pitié pour ces jeunes qui sont condamnés à voler toujours plus haut, à jouir toujours plus fort, à courir éternellement à la quête de cette substance magique qui ne les laissera jamais en paix. Pitié, oui pitié mais aussi, pourquoi pas, un peu de tendresse pour ces paumés que la vie n’a pas épargnés, souvent innocents, faibles, sans défense, toujours défoncés. Jusqu’où avaient-il le choix ?

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