16 avril 2016 ~ 0 Commentaire

Demain j’aurai vingt ans – Alain Mabanckou

Avec ce texte Alain Mabanckou nous propose le énième livre, depuis « L’enfant noir » de Camara Laye pour la francophonie et « Aké, les années d’enfances » de Wole Soyinka pour « l’anglophonie », sur l’Afrique vue à travers le regard d’un enfant. Je ne pense pas qu’il prétende révolutionner la littérature avec ce livre mais cet un excellent conteur, un griot des temps modernes, qui raconte adroitement et agréablement la chronique de la vie d’un gamin de treize ans à Pointe Noire au Congo vers la fin du septennat de Giscard d’Estaing (le texte n’est pas daté, mais quelques indices permettent de situer assez précisément l’histoire à cette époque).

Michel vit avec son père putatif, la seconde femme de celui-ci, sa vraie mère, et l’autre famille de son père nourricier qui comprend sa seconde maman d’adoption et ses sept frères et sœurs. Une galerie de portraits hauts en couleur que Mabanckou dresse avec adresse et tendresse, il semble aimer ses gens comme sa propre famille et être en parfaite empathie avec eux. L’auteur nous entraîne ainsi sur les pas du petit Michel dans les rues du quartier, dans ses deux résidences, à l’école, partout où ce gamin déambule. Il nous fait ainsi partager sa vie, celle de ses deux familles avec les multiples avatars, plus ou moins tragiques, plus souvent cocasses, de celles de ses frères et sœur, mais aussi la vie du quartier, moins la vie du pays gouverné par un pouvoir que nul ne conteste ni ne critique. Michel nous raconte aussi l’actualité internationale perçue à travers « La Voix de l’Amérique » et commentée par le papa nourricier, principalement l’errance dramatique du Chah d’Iran rejeté, chassé, pourchassé, partout où il tente de se réfugier pour mourir dignement, au grand dam du papa commentateur.

Michel vit dans cet espace restreint et ne connait le monde qu’à travers quelques bribes d’instruction récupérées à l’école, le sourire de Rimbaud, une chanson de Brassens et certains propos recueillis en écoutant la conversation des adultes et les commentaires de son père nourricier. Il construit ainsi sa personnalité et sort peu à peu de l’enfance en franchissant, avec l’aide de son pote, un peu plus âgé, et sous l’influence de son amie d’enfance, sa fiancée d’adolescence, son amour de jeunesse … les paliers initiatiques qui lui permettent de progresser vers l’âge adulte.

A travers la vie de ce gamin, Mabanckou jette un regard faussement candide, plutôt narquois, ironique et même accusateur sur les travers de la société congolaise, et même africaine, hérités de la colonisation, de l’assimilation mal maitrisée des mœurs et techniques de la civilisation européenne, dans un grand mélange où essaient de s’amalgamer la tradition ancestrale africaine, les religions monothéistes européennes ou orientales et la laïcité républicaine sans oublier, bien évidemment, toutes les perversions de tous ceux qui sont en quête d’un moindre morceau de pouvoir ou d’une portion de la richesse générée par les ressources locales. L’auteur glisse parfois certaines réflexions, dépassant la candeur du héros, pour faire passer des messages sur tout ce qui gangrène l’Afrique actuelle : l’ignorance, la colonisation, l’exploitation, la corruption, et encore d’autres choses qui s’écrivent aussi en « …tion ».

In fine un livre gentil, sympathique, émouvant, agréable à lire, même si j’ai eu l’impression d’en avoir déjà lus beaucoup de semblables, mais surtout un livre qui ne sombre jamais dans le catastrophisme habituel, un livre d’espoir qui veut croire en un avenir possible même si le monde actuel est souvent cruel et toujours injuste. C’est aussi un message de paix nous rappelant qu’il y a toujours de la place pour l’amour et l’amitié, sentiments bien plus efficaces que la violence stérile trop souvent appelée à la rescousse.

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