28 mars 2016 ~ 0 Commentaire

La Nostalgie du Carillon – Virginie Holaind

Quand elle m’a donné ce livre, « Un matin place du Jeu de Balle. Dans le désordre du marché aux puces », la sorcière bleue, la fée rousse, je ne sais plus très bien, je n’ai pas senti toute la magie qu’elle avait brodée sur ces quelques pages. Je n’avais vu que ce petit âne-accordéon que Joachim, Joachim Regout, a dessiné au milieu de la couverture de ce petit livre qui évoque les petits trésors que les dames feuilletaient dans les cours de l’ancien régime.

Et, dans mon fauteuil, quand j’ai ouvert ce petit opuscule, j’ai libéré un air d’accordéon qu’un vieil homme qui ne l’était pas tant que ça, jouait pour faire tomber quelques pièces sur le carré de chiffon qu’il avait étendu à ses pieds, juste quelques pièces qui lui permettraient de vivre encore un peu. Car l’accordéon est magique comme la sorcière, la fée, il fait tomber les pièces sur le carré d’étoffe mais il dévore la mémoire du vieil homme qui oublie d’où il vient, là-bas à l’Est, où c’était mieux, où il existait.

En quelques mots délicatement brodés sur ces quelques pages, la sorcière, la fée, raconte l’exil, la solitude, la nostalgie, la pauvreté mais pas la misère, avec une profonde délicatesse, une grande tendresse sans jamais s’apitoyer inutilement, seulement un peu de mélancolie et de désespoir pour compatir, témoigner, montrer à ceux qui ne veulent pas voir en jetant une petite pièce au pauvre joueur d’accordéon sans même le regarder.

Un bijou de texte qui mêle la prose et les vers en une même poésie, qui jongle avec la forme pour rythmer la lecture comme le vieil homme rythme le souffle de son accordéon. Mais comme mes mots ne savent pas dire ce que je ressens, je laisse la place à la sorcière, la fée, et aux quelques fragments de texte que j’ai choisi presque au hasard de ma lecture :

« Juste le silence et les pas qui écrasent le temps.
Son accordéon qui se tait quand chante le carillon.
Il étendra sa couverture rouge et ce bout minuscule où quelques pièces tomberont.
La joie, ça ne parle pas la même langue chez tout le monde.
Il se rappelle à peine d’où il vient. Là-bas, plaines de l’Est…
Il oublie ce qui existe ou a existé
Peut-être viendra aussi le jour où il oubliera qu’il a oublié…
Là-bas il existait. S’il s’en souvient bien. Il existait. »

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