Le confident – Hélène Grémillon
Au début des années trente, après le décès de sa mère, dans les condoléances qu’elle reçoit, Camille découvre une lettre racontant une histoire d’amour entre deux personnes qu’a priori elle ne connait pas. Comme elle est éditrice, elle pense qu’il peut s’agir d’un auteur qui voudrait lui faire découvrir son manuscrit par petits bouts en éveillant sa curiosité. Ce manuscrit raconte comment une jeune fille passe son temps à distraire une femme qui essaie vainement d’avoir un enfant, et finit par porter l’enfant pour le compte de cette pauvre épouse stérile. Le projet se déroule selon les prévisions de la jeune fille mais avant l’accouchement, déjà, la femme qui attend l’enfant pour elle, prend ses distances avec la jeune mère porteuse et finit par la chasser quelques mois seulement après l’accouchement en conservant l’enfant qu’elle juge être le sien.
Ce récit n’est que la version de la mère porteuse, d’autres versions viennent ensuite, dans le courrier du « confident », enrichir le texte et donner un autre aperçu de l’histoire réelle qui prend peu à peu forme, comme dans un roman à clés, et intrigue de plus en plus la narratrice qui, elle aussi comme la jeune fille des courriers, est enceinte, enceinte des oeuvres d’un partenaire de passage qui ne veut pas assumer sa paternité.
In fine, une histoire assez compliquée se terminant d’une manière un peu filandreuse qui surprendra certainement ceux qui connaissent le lac du Der et les petites églises en bois implantées dans les villages avoisinants. Un texte plus grandiloquent qu’émouvant, une écriture assez banale, un langage pas très riche, le chef Constant, dans une célèbre émission de téléréalité consacrée à la gastronomie, aurait pu dire (en l’occurrence, c’est moi qui lui fait dire) : « c’est bien présenté, c’est plutôt bien construit, il y a de l’idée, c’est malin mais ce n’est pas goûteux, ça manque d’assaisonnement et les cuissons ne sont pas justes. »
Un roman à rebondissements, plein de suspense, qui ravira certainement les amateurs du genre mais qui laissera sur leur faim les amoureux de littérature. Ce n’est certainement pas son talent d’écrivain qui a été le meilleur argument de l’auteur auprès de son éditeur pour le convaincre de publier cet ouvrage qui sera certainement un beau succès de librairie mais pour d’autres arguments. Nous pouvons tout de même constater que l’auteur a su traiter le problème de la paternité juste avant qu’il devienne une véritable question d’actualité et qu’il nous entraîne dans une réflexion sur le mensonge et la réalité en nous conduisant dans un texte où le mensonge serait peut-être plus confortable que la réalité.